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Émission 175 - Lévitique 13.1-13.42

Diffusé le 27 août 2012 - ::

Chapitre 13

Versets 1-2

Je suis dans le chapitre 13 du Lévitique, un passage où il est question des affections malignes de la peau et que j'appelle lèpre même s'il ne s'agit pas précisément de la maladie de Hansen à proprement parler. Le diagnostic de ces maladies était fait par les prêtres. Leur méthode était l'examen visuel un point c'est tout, ce qui est somme toute relativement rudimentaire, comparé aux moyens dont dispose la médecine moderne. Cependant, même aujourd'hui, un bon médecin peut reconnaître beaucoup de maladies simplement en examinant le patient et avant d'en avoir confirmation par des tests sophistiqués. Les prêtres sacrificateurs voyaient des milliers de cas, ce qui fait qu'à force de pratique ils devenaient capables de différencier les lésions graves des bénignes.

Verset 3

Je continue.

Celui-ci examinera cette affection de la peau. Si, à l'endroit malade, les poils sont devenus blancs et si la plaie forme une dépression dans la peau, c'est bien un cas de maladie de peau évolutive. Sur la base de l'examen, le prêtre déclarera cette personne impure (Lévitique 13.3).

Deux signes décideront en faveur de la lèpre :

  • les poils de la peau qui blanchissent et
  • la tumeur qui a creusé la peau.

Aujourd'hui encore, les Arabes regardent le mal comme curable quand le poil n'a pas blanchi.

Verset 4

Je continue.

Mais si la tache blanche ne forme pas de dépression visible de la peau, et si le poil n'est pas devenu blanc, le prêtre isolera le sujet pendant sept jours (Lévitique 13.4).

Le prêtre veillait à ne pas arriver à une conclusion trop hâtive. Il devait isoler le malade par une simple proclamation, en vertu de laquelle le sujet ne devait entrer en contact avec quiconque.

Verset 5

Je continue.

Le septième jour, il l'examinera. S'il constate que le mal est resté stationnaire sans s'étendre sur la peau, il isolera le malade une deuxième semaine (Lévitique 13.5).

L'examen à la suite de la première semaine n'est pas décisif. Dans le cas le plus favorable, la personne doit à nouveau être mise en quarantaine pendant une semaine supplémentaire. Cette précaution pour une anomalie physique est une bonne illustration de la façon noble dont je devrais me conduire vis-à-vis des autres concernant une conduite que je ne comprends pas ou qui m'interpelle. Il ne me faut pas passer un jugement trop hâtif. Un vieux proverbe issu des Indiens américains dit d'ailleurs : Ne juge pas ton frère avant d'avoir parcouru deux km dans ses mocassins. En d'autres mots, il me faut être très prudent avant d'évaluer mon prochain de manière à lui faire justice.

Verset 6

Je continue le texte.

Puis il procédera à un nouvel examen. Si la partie malade s'est estompée, et ne s'est pas étendue sur la peau, le prêtre déclarera cet homme pur ; c'est une simple dartre. La personne lavera ses vêtements et sera pure (Lévitique 13.6).

À la fin de la deuxième série de 7 jours, si la partie malade non seulement ne s'est pas étendue, mais a cessé d'être luisante, c'est-à-dire, s'est comme éteinte en devenant pale, c'est une simple dartre, et non la lèpre. Le malade déclaré pur devra laver ses vêtements, car, dit la tradition, la lèpre soupçonnée est elle aussi impure. C'est comme si l'idée même de cette terrible maladie, la simple possibilité que la chose ait pu mal tourner, avait pollué le patient potentiel. En attendant, quelle bonne nouvelle pour cette personne qui est déclarée pure, c'est encore mieux que guérie ! Ce n'était qu'une fausse alerte ! Je me mets à sa place : bonjour l'angoisse pendant 15 jours en attendant le verdict, qui tel un couperet aurait pu d'un coup d'un seul supprimer tout ce qui fait bon vivre et la raison même de l'existence.

Car être lépreux, ce n'est pas une vie selon l'expression, mais une misère noire. Ces règles d'isolement imposées par la Loi de Moïse sont quand même extraordinaires et d'avant-garde quand on songe qu'en France, jusqu'à la fin du 18e siècle, le choléra, la dysenterie, la typhoïde faisaient payer un lourd tribut à la population, car les mesures d'hygiène étaient encore très primitives : les excréments étaient à même la rue et les mouches pullulaient. En 1830, l'épidémie de choléra plongea l'Europe dans la désolation, et ce n'est qu'alors que les premières mesures de quarantaine furent prises à Paris contre la peste, le choléra et la fièvre jaune.

Versets 7-8

Je continue le texte.

Mais si la dartre s'étend sur la peau après que le prêtre a examiné la personne et l'ait déclarée pure, celle-ci retournera se faire examiner par le prêtre. Si celui-ci constate une extension de la dartre sur la peau, il déclarera la personne impure : c'est une maladie de peau évolutive (Lévitique 13.7-8).

En cas d'extension du mal, alors même que le poil ne devienne blanc et que la partie malade ne paraisse en dépression par rapport à la peau qui l'entoure, c'est quand même une affection grave de la peau. Bien des précautions étaient prises afin de ne pas prononcer le verdict terrible par erreur. Mais lorsque le doute n'était plus possible, et qu'il fallait protéger le reste de la communauté de la contamination de cette terrible maladie. Alors, la sentence d'impur, tel un gigantesque coup de massue, était prononcée par le prêtre. Les conséquences pour cette personne et sa famille étaient effroyables, bien pires encore que le cancer aujourd'hui. Le malade était exclu de tout ce qui faisait sa vie jusque-là. Il commençait une existence pitoyable de paria, de pestiféré en somme.

Versets 9-11

Je continue le texte.

Lorsqu'un homme sera atteint d'une maladie de peau évolutive, on l'amènera au prêtre qui l'examinera. S'il constate une boursouflure blanche sur la peau qui ait fait blanchir le poil et qu'il y ait un bourgeonnement de chair vive dans la tumeur, c'est une maladie de peau infectieuse et chronique. Le prêtre déclarera cet homme impur ; il ne sera pas nécessaire de l'isoler, car il est manifestement impur (Lévitique 13.9-11).

Voici maintenant une situation différente, celle où la maladie est évidente. La période d'incertitude est révolue : le poil a blanchi, la dépression autour de la plaie de chair vive est réelle et apparente. L'excroissance se compose d'ulcères ouverts, largement crevassés, sur les bords desquels s'élèvent des bourrelets tuméfiés. C'est une lèpre déjà établie. Il est inutile de séquestrer le malade pour confirmer la maladie, car celle-ci saute aux yeux et est évidente pour tous.

Si je poursuis l'analogie de cette affection cutanée avec le mal moral qui ronge l'homme, il est un fait que les méchants impénitents, ceux qui sont coupables des vices ou des crimes les plus voyants, sont bien plus faciles à convaincre de leur culpabilité vis-à-vis de Dieu que Monsieur bon chic bon genre ou Madame sainte nitouche qui se cache derrière les faux-semblants de sa propre justice, ses œuvres de charité, sa réputation ou que sais-je encore.

Versets 12-13

Je continue le texte.

Mais si cette affection s'étend sur toute la peau du malade et le couvre de la tête aux pieds, où que porte le regard du prêtre, celui-ci procédera à un nouvel examen. S'il constate que l'éruption couvre tout le corps du malade, il le déclarera pur : puisqu'il est devenu complètement blanc, il est pur (Lévitique 13.12-13).

Ce passage à priori curieux est également riche en informations, parce qu'ici est faite la distinction entre un malade contagieux et un qui ne l'est pas. Si l'éruption vient à s'étendre sur toute la peau, c'est-à-dire que le malade devient tout blanc et qu'il n'y a plus de plaie vive, cela prouve que l'affection s'est portée à l'extérieur et que le malade est en voie de guérison. Et si cet état se maintient, il faut en conclure que la force vitale du malade, nous dirons son système immunitaire ou bien un miracle, a triomphé du mal et l'a expulsé hors de l'organisme où il n'avait pénétré que provisoirement.

Dès que la chair vive ou la plaie purulente a complètement disparu, le malade doit être déclaré pur, c'est-à-dire, non contagieux. Il peut alors réintégrer son cercle social et participer à toute la vie de la communauté. Comme il y a de l'espoir pour le lépreux, il y en a aussi au niveau spirituel, pour celui qui a commis le plus horrible des crimes. L'Éternel est prêt à pardonner à quiconque quoi qu’il ait fait. Voici en effet ce qu'affirme un prophète de l'Ancien Testament que je cite :

Malheur à la nation pécheresse, au peuple chargé d'iniquités, À la race des méchants, aux enfants corrompus ! De la plante du pied jusqu'à la tête, rien n'est en bon état : Ce ne sont que blessures, contusions et plaies vives. Venez et plaidons ! dit l'Éternel. Si vos péchés sont comme le cramoisi, ils deviendront blancs comme la neige ; S'ils sont rouges comme la pourpre, ils deviendront comme la laine (Ésaïe 1.4, 6, 18).

Versets 14-17

Je continue le texte.

Toutefois, le jour où l'on apercevra sur lui de la chair vive, il devient impur. Après avoir constaté la présence de cette chair vive, le prêtre déclarera la personne impure : la chair vive est impure : c'est une maladie de peau évolutive. Si la chair vive redevient blanche, la personne retournera auprès du prêtre qui l'examinera. S'il constate que la plaie est effectivement devenue blanche, il déclarera la chair pure, et la personne sera en état de pureté (Lévitique 13.14-17).

Le signe principal d'une maladie infectieuse de la peau est cette chair vive dont il est sans arrêt question. Ce mot chair a décidément ici, dans le cas d'une affection physique, une connotation très négative. En fait dans l'ensemble des Textes Sacrés, ce terme est utilisé dans un sens spirituel pour signifier la nature intrinsèquement mauvaise et rebelle à Dieu que je porte en moi. Voici par exemple deux petits passages du Nouveau Testament qui font mention de la chair dans ce sens :

Nous tous aussi nous vivions autrefois selon les convoitises de notre chair, accomplissant les volontés de la chair et de nos pensées, et nous étions par nature des enfants de colère, comme les autres. Le péché habite en moi. Ce qui est bon, je le sais, n'habite pas en moi, c'est-à-dire dans ma chair : j'ai la volonté, mais non le pouvoir de faire le bien. Car je ne fais pas le bien que je veux, et je fais le mal que je ne veux pas (Éphésiens 2.3 ; Romains 7.17-19).

Versets 18-20

Je continue le texte.

Si quelqu'un avait sur la peau un abcès qui a guéri, mais qu'à la place de cet abcès apparaisse une boursouflure blanche ou une tache d'un blanc rougeâtre, cette personne se fera examiner par le prêtre. Si celui-ci constate un creux dans la peau et un blanchissement du poil, il déclarera cette personne impure : c'est une affection de peau infectieuse qui est en train de bourgeonner dans l'abcès (Lévitique 13.18-20).

Le mot abcès pourrait aussi se traduire par ulcère, furoncle, tumeur ou même inflammation. À cette époque où la médecine était très très rudimentaire, un seul mot voulait dire toutes sortes d'affections. Quoi qu'il en soit, si les deux mêmes symptômes fâcheux et classiques de la lèpre ou de son équivalent sont présents, c'est-à-dire, un creux dans la peau et un blanchissement du poil, alors la chair vive n'est pas loin et le diagnostique sinistre.

Versets 21-23

Je continue.

Mais si, à l'examen, le prêtre constate qu'il n'y a pas de poil blanc à cet endroit, ni de creux dans la peau et que la tache s'est estompée, il isolera le malade pendant sept jours. Si la tache s'étend sur la peau, il le déclarera impur : il a une maladie. Mais si la tache est restée stationnaire, sans s'étendre, ce n'est que la cicatrice de l'abcès ; alors le prêtre le déclarera pur (Lévitique 13.21-23).

Le fait que l'anomalie demeure localisée dans le voisinage immédiat de l'ancien mal prouve que ce n'est ici qu'une petite inflammation de bon aloi, telle que celle qui accompagne toute cicatrisation, donc tout va bien. Dans la suite, il est question d'une brûlure due à des braises ou à des cendres brûlantes. Si le poil a viré au blanc dans la brûlure et qu'il y a une dépression dans la peau, c'est une affection de peau infectieuse et la personne est déclarée impure. Donc, le prêtre est amené à faire la différence entre une cicatrice normale et une, qui s'est infectée et qui tourne mal. C'est toujours les mêmes processus qui sont répétés et qui doivent être suivis à la lettre.

Versets 24-30

La suite du texte traite des affections de la peau là où il devrait y avoir des cheveux ou de la barbe, mais d'où ils ont disparu laissant à nu une espèce de plaie comme lors d'une écorchure. Si on retrouve ces deux symptômes fâcheux, la dépression dans la peau et l'altération des poils soit par leur couleur, qui a viré au jaunâtre, soit parce qu'ils sont clairsemés, il s'agit alors d'une affection localisée, mais tout aussi grave et contagieuse que les précédentes.

Verset 31

Je continue à lire le texte.

Mais si le prêtre constate, à l'examen, qu'il n'y a pas de dépression visible de la peau, sans toutefois qu'il y ait de poil noir, il isolera le sujet pendant sept jours (Lévitique 13.31).

S'il y a un seul des deux symptômes sinistres, c'est-à-dire ici l'altération des poils, dont aucun n'est franchement noir, le cas est douteux d'où la nécessité d'une séquestration d'une semaine.

Versets 32-33

Je continue.

Le septième jour, s'il constate que l'éruption ne s'est pas étendue, qu'elle ne renferme pas de poil de couleur douteuse et que la plaie ne semble pas plus profonde que la peau, le malade se rasera, sauf à l'endroit de la plaie, et le prêtre l'isolera de nouveau pour sept jours. Le septième jour, il examinera le mal. Si le mal ne s'est pas étendu sur la peau et s'il ne forme pas de dépression visible, il le déclarera pur ; le sujet lavera ses vêtements et il sera pur (Lévitique 13.32-33).

Si l'état de la plaie est stationnaire, un nouvel isolement est nécessaire pour confirmer ou infirmer la bénignité du symptôme. Dans les cas douteux, il est nécessaire que le prêtre prenne tout son temps pour voir si la situation va évoluer ou non. Entretemps, le patient ne doit pas toucher la plaie et ses environs immédiats de façon à ce qu'on puisse poser un diagnostic digne de foi en fonction de la couleur et de la nature des cheveux ou des poils qui s'y trouvent. Si rien ne bouge après cette nouvelle semaine d'internement, alors il ne s'agit pas d'une affection grave et transmissible. Le malade est en bonne santé. Les explications continuent avec beaucoup de détails très spécifiques concernant la couleur des poils et ce qu'il faut faire, mais je vous en ferais grâce.

Versets 38-39

Je continue un peu plus loin.

Si un homme ou une femme a des taches blanches sur la peau, le prêtre l'examinera ; si les taches sont d'un blanc pâle, c'est une éruption bénigne : le sujet est pur (Lévitique 13.38-39).

Il s'agit ici d'une simple tache blanche (appelée exanthème). Cette affection inoffensive porte encore aujourd'hui chez les Arabes le nom de bohak, ce qui veut tout simplement dire « être blanc ». Elle dure de deux mois à deux ans, sans causer ni souffrance ni autre inconvénient.

Verset 40

Je continue.

Lorsqu'un homme perd ses cheveux, c'est une calvitie ; il est pur (Lévitique 13.40).

Le simple fait de perdre ses cheveux n'est pas une maladie et n'engendre pas d'impureté rituelle.

Versets 42-46

Je continue.

Mais si une plaie d'un blanc rougeâtre apparaît dans la partie chauve sur la tête ou sur le front, c'est une maladie de peau infectieuse qui s'est déclarée dans la partie chauve. Si, à l'examen, le prêtre constate que la plaie provoque une boursouflure d'un blanc rougeâtre sur le crâne ou sur le front chauve, et qu'elle a l'aspect d'une maladie évolutive de la peau, l'homme a une maladie infectieuse, il est impur, et le prêtre doit le déclarer impur. La personne atteinte d'une telle maladie de la peau portera des vêtements déchirés et aura la tête décoiffée ; elle se couvrira la partie inférieure du visage et criera : « Impur ! Impur ! » Tant qu'elle a ce mal, elle est impure. Elle habitera à l'écart, à l'extérieur du camp (Lévitique 13.42-46).

Maintenant est décrite la condition terrible du lépreux qui n'est pas sans rappeler ceux qui furent déportés dans les camps de la mort. Les vêtements déchirés, la tête nue et les cheveux libres sont des signes de deuil dans l'Ancien Testament, tout comme se couvrir la barbe jusqu'à la lèvre supérieure. Souvent dans l'Ancien Testament c'était les marques d'un homme frappé par Dieu. Le lépreux devra alors crier « Impur, impur ! », tant que durera la maladie.

Cette notion d'impureté dans la perspective du monde des Israélites, désigne deux aspects distincts :

  • d'une part, l'infection au sens médical du terme et qui se transmet par le contact avec l'objet souillé soit en le touchant soit par l'air, et
  • d'autre part, une corruption morale, car les facteurs physique et éthique sont fusionnés dans la vision de l'homme selon la culture hébraïque. L'impureté s'étend partout et se transmet suivant certaines lois.

Ainsi, elle pénètre dans un récipient si celui-ci est ouvert, mais n'entrera pas s'il est fermé.

Voilà terminée la vue d'ensemble des maladies de la peau, qui rendant rituellement impur sont aussi des affections visibles et évolutives qui défigurent le corps. Elles sont ainsi propres à évoquer le mal qui corrompt l'homme. Les lois concernant la lèpre rappellent que la maladie en tant que principe actif, est une conséquence de l'entrée du péché dans le monde selon le récit du livre de la Genèse. Tout au long des Textes Sacrés, on rencontre certaines personnes qui ont été frappées de telles affections en châtiment d'une faute grave, ce qui montre bien que l'offense contre Dieu rend impur à plus d'un titre. Il faut cependant souligner, comme nous le verrons d'ailleurs, que la maladie n'est pas en général la conséquence d'une faute personnelle, tant s'en faut.