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Émission 1222 - Malachie 1.7-1.14

Diffusé le 31 août 2016 - ::

Chapitre 1

Verset 7

Il est précieux d’avoir dans son cercle d’amis des personnes qui tiennent parole, sur qui on peut vraiment compter. Mais comme chez beaucoup de gens, dire et faire ne vont pas toujours de pair, la sagesse populaire veut que les actions soient plus parlantes que les mots. Le prophète Malachie accuse les prêtres d’Israël de dire que la table de l’Éternel n’a guère d’importance . Il n’est pas concevable qu’un prêtre israélite fasse une telle déclaration en public car il risquerait d’être lapidé pour blasphème. Par contre, à voix basse et par leur comportement ils exprimaient bien cette pensée.

Je continue à lire dans le premier chapitre du livre de Malachie.

(Le Seigneur des armées célestes s’adresse à vous les prêtres. Et puis vous demandez : « En quoi t’avons-nous méprisé ? ») Vous apportez sur mon autel des aliments impurs et puis vous demandez : « En quoi t’avons-nous profané ? » C’est en disant : « La table de l’Éternel n’a guère d’importance » (Malachie 1.7).

« Les aliments impurs » sont littéralement du pain souillé . Mais « le pain » est pris au sens figuré car il s’agit en fait de la chair des animaux sacrifiés. Toutes les offrandes qui sont faites à l’Éternel étaient appelées les aliments de Dieu (Lévitique 21.6) et celles qui ne correspondent pas aux règles cérémonielles de la loi de Moïse étaient considérées rituellement impures, un met souillé qui déshonore Dieu (Lévitique 22.17-30 ; Deutéronome 15.21).

D’après ce que le prêtre Esdras écrit (chapitre 6), les frais d’entretien du temple avaient d’abord été assumés par le trésor du roi de Perse, mais après un certain temps, les Israélites ont dû prendre la relève (Néhémie 10). Mais apparemment, trouvant cette charge trop lourde, ils essayaient de limiter les frais au maximum. Alors, les prêtres estimant que la pauvreté des colons justifiait leur conduite, les prêtres acceptaient de célébrer le culte à l’Éternel avec des offrandes indignes qui enfreignaient la loi. Comme plus loin, il est également dit que le peuple ne contribuait pas au trésor du temple comme il le devait, les prêtres étaient mal rémunérés, ce qui les encourageait à négliger leurs fonctions.

Les prêtres ne contestent pas l’accusation que leur porte Malachie de profaner l’Éternel, mais à force de prendre des raccourcis, ils se sont endurcis au point où ils ne voient pas exactement où et comment ils offensent Dieu.

Dans sa réponse, le prophète utilise l’expression la table de l’Éternel , qu’il emploie une fois encore un peu plus loin (Malachie 1.12). À première vue, on pourrait penser qu’il s’agit de la table en bois qui était à l’intérieur du Lieu saint et sur laquelle étaient posés les pains de proposition (Ézéchiel 41.22 ; 44.16). Mais en fait, la table est une métaphore pour cet ensemble constitué par les offrandes de céréales ou d’animaux qui sont rituellement présentées à l’Éternel (Ézéchiel 44.15-16), et l’autel des Holocaustes sur lequel elles sont offertes. Cet autel qui était de bronze se trouvait dans la cour du Temple, à l’extérieur du sanctuaire proprement dit.

Non seulement la piètre qualité des sacrifices offerts à l’Éternel par les prêtres justifiait les reproches qui leur sont adressés, mais leurs actions étaient suffisamment graves pour leur valoir la peine capitale. En effet, dans la loi il est stipulé que tous les prêtres devront observer mes prescriptions pour ne pas se charger d’une faute et mourir pour avoir commis en cela une profanation (Lévitique 22.9 ; « profane » signifie contre le temple ).

Verset 8

Je continue le texte.

Quand, pour le sacrifice, vous venez présenter un animal aveugle (et dites) : il n’y a rien de mal ! Et quand vous présentez une bête éclopée ou un agneau malade (et dites) : il n’y a rien de mal ! Offrez-le donc à votre gouverneur ! Sera-t-il content de vous et vous fera-t-il bon accueil ? dit l’Éternel, le Seigneur des armées célestes (Malachie 1.8 ; auteur).

La question vous fera-t-il bon accueil ? est littéralement : Relèvera-t-il ta face , ce qui est une allusion au geste du souverain envers le sujet prosterné devant lui : s’il lui accordait sa grâce, le roi l’invitait à relever sa tête.

Le mot pour « gouverneur » ( Pécha ) est un titre perse que portait Zorobabel (Aggée 1.1) et probablement aussi Néhémie quand il était à Jérusalem.

Selon la loi, les animaux offerts en sacrifice devaient être en parfaite santé. Je lis le passage :

Vous n’offrirez pas à l’Éternel une bête aveugle, estropiée, mutilée ou affectée d’un ulcère, de la gale ou d’une dartre, vous ne la ferez pas brûler sur l’autel comme sacrifice consumé pour l’Éternel (Lévitique 22.22).

Si l’un de ces animaux a quelque tare, s’il est boiteux ou aveugle, ou s’il a n’importe quel autre défaut grave, tu ne l’offriras pas en sacrifice à l’Éternel ton Dieu (Deutéronome 15.21).

Ce qui se passait à l’époque de Malachie était quelque chose comme ça : imaginez Ruben, un fermier installé dans les hauteurs du territoire d’Éphraïm. Il dispose d’une belle vallée mais c’est pas la joie parce que Dieu retient la pluie. Cependant, il pleut quand même de temps en temps et alors la vallée devient rapidement un immense tapis verdoyant avec de l’herbe bien grasse. Ruben en profite alors pour faire paître ses quelques bovins et surtout Jéroboam, son taureau préféré. Au concours annuel des exploitants agricoles du canton, c’est toujours Jéroboam qui remporte le premier prix. Mais un jour ce brave animal tombe malade. Alors, en toute hâte Ruben fait venir le vétérinaire de la vallée. Mais après examen, le diagnostic tombe : le taureau est gravement atteint et ne va pas s’en sortir.

Que faire ? Je sais, dit Ruben mais il faut aller très vite. Tant bien que mal, il fait monter Jéroboam dans sa charrette, et les voilà partis pour Jérusalem. Arrivé sur place il va au Temple afin de le sacrifier à l’Éternel. Tant qu’à faire, perdu pour perdu, autant donner la bête à Dieu. Les prêtres se rendent bien compte que Jéroboam est très mal en point, mais peu importe et puis Ruben est un homme influent. Alors, les prêtres le hissent sur l’autel et l’égorgent. Le bruit court parmi les badauds qui se trouvent aux alentours du temple, que c’est le fameux Jéroboam qu’on a sacrifié à l’Éternel.

Ne sachant pas qu’il était à l’article de la mort, ces braves gens sont impressionnés par la générosité de Ruben et se disent les uns les autres : Ça alors, vous avez vu ce qu’il vient d’offrir à Dieu ! Ça, c’est un type bien quand même. Bon d’accord, ça ne se passait pas exactement comme ça mais un peu tout de même. Il faut comprendre Ruben ; les temps sont difficiles et il faut faire avec ; faut bien vivre n’est-ce pas ? Sans doute, mais Dieu n’appréciait pas du tout ce genre de magouille. La raison principale tient au fait que sous le régime de l’Ancien Testament, tous les animaux qui étaient offerts en sacrifice étaient une image qui représentait Jésus-Christ qui allait venir et devenir l’Agneau de Dieu pour s’offrir lui-même en un sacrifice parfait afin d’expier le péché du monde. En d’autres mots, amener une bête chétive, malade ou présentant un défaut corporel évident, était une insulte à Dieu et à Jésus-Christ.

Aujourd’hui en Occident, peu de gens vont sacrifier un animal dans un temple ; je dis ça, alors qu’il se passe des phénomènes étranges dans des endroits insolites. Et puis dans nos contrées de tradition chrétienne, il existe encore un bon nombre de personnes souvent d’un certain âge, qui ayant été élevées dans la religion et surtout si elles sentent la mort rôder, espèrent beaucoup en l’efficacité des rites et surtout des sacrements. Alors, elles fréquentent une Église avec assiduité et prennent la communion parce que c’est nécessaire, et se soumettent aux enseignements de leur Église parce qu’autrement elles pensent se trouver en situation de péché mortel. Mais ce genre de dévotion religieuse n’est souvent qu’une coquille vide, une pratique dénuée de réalité. Le plus triste est que ce genre de personne est généralement imperméable à tout dialogue car toute idée différente de sa façon de concevoir Dieu et le salut est une menace qu’il faut neutraliser au plus vite.

Sur un ton ironique et mordant, Malachie suggère aux Israélites d’apporter à leur gouverneur le même genre de présent que celui qu’ils offrent à l’Éternel. En Orient, il va de soi qu’on ne se présente pas devant son supérieur les mains vides, et si le don n’est pas à la hauteur du dignitaire en question, il est vu comme une insulte. On peut trouver à redire à cette coutume, mais elle a au moins le mérite de placer le pot de vin au-dessus de la table.

Verset 9

Je continue le texte.

Ensuite, après avoir agi ainsi, venez donc supplier la face de Dieu d’avoir pitié de vous ! Vous fera-t-il bon accueil ? demande le Seigneur des armées célestes (Malachie 1.9 ; auteur).

L’une des fonctions des prêtres était d’intercéder pour le peuple. Mais comme ils offraient des animaux qui n’étaient pas conformes à la loi, l’Éternel ne pouvait pas les agréer car il aurait agi contre sa nature sainte. Sachant tout cela, les prêtres auraient dû refuser de se moquer de Dieu en sacrifiant des animaux non conformes.

Verset 10

Je continue.

Qui enfin, parmi vous, se décidera à fermer les portes de mon Temple, pour que vous n’allumiez plus inutilement le feu sur mon autel ? Je n’ai aucun plaisir en vous, dit l’Éternel, le Seigneur des armées célestes. Je n’accepterai pas non plus l’offrande de céréales de vos mains (Malachie 1.10 ; auteur).

Malachie continue d’adresser de sévères reproches aux prêtres. L’Éternel préférerait qu’on arrête ce cirque en fermant les portes du temple, celles qui donnent accès à la cour intérieure où se trouve l’autel des holocaustes. Dieu ne veut plus qu’on allume le feu pour brûler les animaux malades, blessés, infirmes ou difformes qui lui sont offerts en sacrifices. Il vaut mieux ne pas prétendre adorer l’Éternel plutôt que de l’insulter en profanant son culte. Dieu est tellement offensé qu’il ne veut pas non plus des offrandes de céréales ( minchah ) qui étaient pourtant toujours pures. C’était de la fleur de farine arrosée d’huile et pétrie avec de l’encens (Lévitique 2.1).

Verset 11

Je continue.

Car, du soleil levant jusqu’au soleil couchant, ma renommée sera très grande au milieu des nations, et partout, en provenance de tout lieu, on viendra m’offrir de l’encens et des offrandes pures. Car, parmi les nations, ma renommée sera très grande, dit l’Éternel, le Seigneur des armées célestes (Malachie 1.11 ; auteur).

En hébreu, ce passage est au présent, mais il s’agit d’un présent prophétique. Malachie parle ici de la situation qui prévaudra pendant les mille ans de règne de Jésus le Messie. Dans sa vision, il est transporté dans un avenir qu’il voit devant lui, bien présent, où, d’une extrémité de la terre à l’autre, le nom de Dieu est connu et vénéré par tous les habitants de la terre. Il exprime l’adoration universelle du Dieu unique et vrai en un langage et une pratique qui correspondent aux rites habituels du judaïsme.

Dans les Écritures, l’encens est aussi un symbole de la prière (Apocalypse 5.8 ; 8.3), et l’offrande pure représente la louange et l’adoration. Pendant le millénium, ces marques de dévotion seront présentes en esprit et en vérité (Jean 4.23) d’une extrémité du ciel à l’autre. Une telle perception du règne de Dieu est fréquemment pressentie par les prophètes et les psalmistes de l’Ancien Testament qui soulignent eux aussi qu’un jour, la souveraineté absolue de l’Éternel s’étendra sur toutes les nations du monde. Par exemple, Ésaïe écrit :

On révérera l’Éternel et sa gloire de l’occident jusqu’au levant (Ésaïe 59.19 ; comparez 45.22-25 ; 49.6-7 ; Daniel 7.14, 27 ; Sophonie 2.11 ; 3.9-11 ; Zacharie 14.9, 16).

À l’époque de Malachie, le nom de l’Éternel est déshonoré par les Israélites qui sont pourtant son peuple. Cependant, Dieu peut fort bien se passer de leur culte hypocrite parce que de toute façon, un jour, il sera révéré par toutes les nations de la terre. C’est peut-être Malachie qui est le plus grandiose dans la façon dont il exprime l’adoration de Dieu pendant le millénium. Cette déclaration du prophète a pour but de faire honte aux Israélites de leur conduite, et de les stimuler à changer de mentalité et de comportement dans la manière dont ils adorent leur Dieu.

Verset 12

Je continue le texte.

Mais vous, vous m’outragez lorsque vous dites : « La table du Seigneur est méprisable, et ce qu’elle nous rapporte en aliments est vraiment dérisoire » (Malachie 1.12).

Après avoir mentionné qu’une très grande piété régnera dans le royaume de Dieu, et que toutes les nations feront des offrandes pures à l’Éternel, Malachie revient à la situation présente et en particulier aux prêtres qui profanent le nom de Dieu (comparez Malachie 1.6). Le prophète a d’abord condamné leurs actions (Malachie 1.7-8), maintenant il s’en prend à leur attitude insolente à l’égard de Dieu, ainsi qu’à leur état d’esprit mercantile déplorable.

À l’époque de Malachie, la plupart des Israélites étaient pauvres et donc n’offraient que très rarement du beau bétail sain et bien gras. Selon la loi, les démunis pouvaient offrir des oiseaux à la place de bovins, mais dans un pigeon, il n’y a pas grand-chose à manger. Or, une partie du salaire des prêtres provenait justement de la viande des animaux sacrifiés à l’Éternel. Alors bien sûr, ils sont mécontents de leur sort. En fait, ils se rendent doublement coupables devant Dieu. D’une part, ils méprisent l’autel de l’Éternel puisqu’ils acceptent d’y sacrifier n’importe quoi, et d’autre part, ils se plaignent de leur fonction parce qu’elle ne leur rapporte pas grand-chose.

Verset 13

Je continue.

Et vous dites : Ah ! quel ennui ! Et vous la traitez (la table du Seigneur) avec dédain, dit l’Éternel des armées. Et vous amenez des victimes endommagées, des bêtes boiteuses et malades, et vous présentez cette offrande ! L’agréerai-je de votre part ? dit l’Éternel (Malachie 1.13 ; auteur).

Ce passage répète la culpabilité des prêtres qui acceptent de sacrifier des animaux défectueux (Malachie 1.8 ; Lévitique 22.19-25), ainsi que le refus de l’Éternel de les accepter. Mais Malachie ajoute cette exclamation : Ah ! quel ennui ! , qui dit bien ce qu’elle veut dire. Les prêtres méprisent leur fonction parce qu’en fin de compte, elle ne nourrit pas son homme.

Ça me fait penser à ces jeunes adultes qui entrent dans les ordres, dans un ministère pastoral ou sacerdotal. Si, si ! Ça existe encore, même si leur nombre est réduit à une peau de chagrin. Ils sont motivés par les meilleures intentions du monde, et ils ont la ferme intention de laisser une marque de leur passage sur terre. Mais quand on a le vent de la jeunesse en poupe, on ne prend pas en compte les difficultés que l’on devra surmonter, comme l’usure du temps, la pression financière et les désillusions propres à toute œuvre à dimension sociale. Il s’ensuit qu’après de longues années d’un travail souvent ingrat, les yeux qui au début étaient pleins d’étoiles sont maintenant chargés de sable. C’est un peu ce qui était arrivé aux prêtres israélites.

Verset 14 a, b

Je finis le chapitre premier.

Maudit soit le trompeur qui a dans son troupeau un beau mâle. Et celui qui accomplit un vœu en offrant une bête tarée (Malachie 1.14 a, b ; auteur).

L’Éternel prononce une malédiction contre tous ceux qui sacrifient un animal qui n’est pas conforme à la loi. Il donne deux exemples parmi d’autres. Dans le premier cas, il s’agit d’un Israélite qui a en sa possession une bête qui serait agréée par l’Éternel, mais au lieu de la lui offrir, il amène au temple un animal chétif ou moins honorable. En agissant ainsi, il donne une fausse impression en faisant croire qu’il n’a rien de mieux à donner au Seigneur. Il trompe aussi les prêtres, encore que ceux-ci sont indifférents à la qualité de la marchandise. Ce genre de magouille rappelle un événement tragique qui s’est déroulé au tout début de l’Église.

Luc raconte qu’ un certain Ananias, avec sa femme Saphira, vendit une propriété, et, en accord avec elle, mit de côté une partie de l’argent de la vente, apporta le reste aux apôtres et le leur remit (Actes 5.1-2). Jusque-là, aucun mal n’a été fait. Mais la suite du texte montre que ce couple a menti en faisant croire qu’il donnait la totalité de la vente aux apôtres. Ce mensonge leur valut à tous deux de tomber raide mort. C’est bien connu, il ne faut pas se moquer de Dieu car on récolte ce que l’on a semé (Galates 6.7).

Dans le second cas envisagé par Malachie, il s’agit d’un Israélite qui suite à un vœu offre une bête chétive au lieu de payer le prix fort pour un animal de qualité. Selon la loi, nul n’était tenu de promettre quoi que ce soit à l’Éternel. Par contre, une fois faite, toute promesse devait être tenue et tout vœu accompli (Deutéronome 23.22-24).

Verset 14 c

Je finis le premier chapitre.

Car je suis un grand Roi, déclare l’Éternel, le Seigneur des armées célestes, et les nations me craignent (Malachie 1.14 c).

Depuis la plus lointaine éternité, l’Éternel est un grand roi, mais Malachie annonce qu’un jour, il sera reconnu comme tel sur la terre entière.