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Émission 1226 - Malachie 2.15

Diffusé le 6 septembre 2016 - ::

Chapitre 2

Verset 15 a

Jadis, tous les jeunes gens se mariaient et en grande pompe : mairie, cérémonie devant Monsieur le curé, belle robe blanche, gros repas qui s’éternise avec plaisanteries et chants, musique et danse. C’était la fête au village, l’occasion de réunir toute la famille et de revoir ceux qui habitaient au loin. Enfant, j’ai assisté au mariage de l’une de mes cousines et je m’en souviens encore parce que ce fut une très grosse affaire. Mais depuis ces temps mémorables, les us et coutumes ont bien changé.

Honni soit qui mal y dise, le mariage est une institution qui vient de Dieu ; c’est son idée. Au tout début de la Genèse, on lit qu’ un homme se séparera de son père et de sa mère et s’attachera à sa femme, et les deux ne feront plus qu’un (Genèse 2.24). Le mariage est un engagement que les époux prennent l’un envers l’autre, pour la vie, et devant Dieu. Il en est le témoin, qu’il y ait une cérémonie religieuse ou pas.

Nous n’avons pas d’information sur le rôle des prêtres, s’ils en avaient un, dans les mariages des Hébreux dans l’Ancien Testament. Quand Isaac, fils d’Abraham, s’est marié avec Rébecca, la petite fille de son oncle (Nahor, frère d’Abraham), il n’y a pas eu de présence religieuse ; ça s’est passé sans robe de mariée, sans cérémonie, et sans tambour ni trompette. La façon dont ces deux jeunes gens se sont rencontrés est étonnante, surtout pour nous au 21e siècle en Occident.

Un jour, Abraham a décidé qu’il était temps pour lui de trouver une femme pour son fils. Il a donc envoyé son plus fidèle serviteur dans sa famille d’origine pour y faire un tour d’horizon pour voir s’il ne s’y trouverait pas une fille qui convienne. Le serviteur très dévoué et très pieux s’en est remis à l’Éternel, a demandé un signe et c’est ainsi qu’il a débusqué Rébecca. La famille étant d’accord sur le principe, le serviteur a voulu repartir au plus vite mais c’est alors qu’il y a eu quelques hésitations de la part du frère et de la mère de Rébecca qui de toute évidence avaient le cœur gros parce qu’ils savaient qu’ils ne la reverraient peut-être pas. Le texte dit

Ils appelèrent (donc) Rébecca et lui demandèrent : – Veux-tu partir avec cet homme ? Elle répondit : – Oui. Alors ils firent leurs adieux à Rébecca leur sœur, à sa nourrice et au serviteur d’Abraham ainsi qu’à ses compagnons. Ils bénirent Rébecca et lui dirent : Toi, notre sœur, puisses-tu devenir la mère de milliers de milliers et que ta descendance se rende maître de tous ses ennemis ! (Genèse 24.58-60).

Le voyage de retour s’est passé sans incident et une fois sur place, le texte dit :

Rébecca leva les yeux, elle vit Isaac et sauta à bas du chameau. Elle demanda au serviteur : – Qui est cet homme qui vient à notre rencontre dans la campagne ? Le serviteur répondit : – C’est mon maître. Alors elle prit son voile et se couvrit le visage. Le serviteur raconta à Isaac tout ce qu’il avait fait. Là-dessus, Isaac conduisit Rébecca dans la tente de Sara, sa mère ; il la prit pour femme et il l’aima (Genèse 24.64-67).

À cette époque, il n’y avait ni gouvernement central, ni mairie. Chaque peuple avait ses propres coutumes. Isaac et Rébecca étaient d’accord de se marier et avaient la bénédiction de leurs familles, c’est tout. Plus tard, ils donnèrent naissance à des jumeaux : Ésaü et Jacob. Et ce qui est intéressant est le mariage de ce dernier, mais c’est toute une saga.

Les deux frères étaient très différents, ce qui fait qu’ils entretenaient des rapports difficiles et la famille finit par se scinder en deux clans : d’un côté, Ésaü soutenu par Isaac, et de l’autre, Jacob allié à Rébecca (Genèse 25.28). Jacob qui avait déjà profité du caractère charnel de son frère Ésaü pour lui ravir le droit d’aînesse, réussit également, grâce au concours de sa mère, à lui voler la bénédiction patriarcale. Fou furieux, Ésaü songeait à tuer Jacob. Entretemps, Ésaü avait pris deux femmes parmi les filles du pays au grand chagrin de sa mère et peut-être aussi de son père (Genèse 27.46 ; 28.8). Rébecca utilisa alors cet incident pour manipuler Isaac et faire pression sur lui pour qu’il envoie Jacob chez Laban, frère de Rébecca et un vieux roublard. Jacob s’y rendit en toute hâte à cause de la haine que lui vouait son frère. Arrivé sur place, le texte dit :

Pendant tout un mois, Jacob demeura chez lui. Puis Laban lui dit : – Travailleras-tu pour rien chez moi parce que tu es mon neveu ? Dis-moi ce que tu voudrais comme salaire. Or, Laban avait deux filles, l’aînée s’appelait Léa, et la cadette Rachel. Léa avait le regard tendre, mais Rachel était bien faite et d’une grande beauté. Jacob s’était épris de Rachel et il dit à Laban : – Je te servirai pendant sept ans si tu me donnes Rachel, ta fille cadette, en mariage. Et Laban répondit : – Je préfère te la donner à toi plutôt qu’à un autre. Reste chez moi. Jacob travailla sept ans pour obtenir Rachel, et ces années furent à ses yeux comme quelques jours parce qu’il l’aimait (Genèse 29.14-20).

Bravo Jacob ! Travailler sept ans pour une fille, faut le faire ! Et à cette époque, ce n’était pas comme aujourd’hui, Jacob et Rachel n’ont pas couché ensemble avant leur mariage ; ça ne se faisait jamais. Par contre, il y avait des prostituées. Je continue à lire le texte de la Genèse.

Puis il (Jacob) dit à Laban : – Donne-moi maintenant ma femme, car j’ai accompli mon temps de service et je voudrais l’épouser. Alors Laban fit un festin auquel il invita tous les habitants de la localité. La nuit venue, il prit sa fille Léa et l’amena à Jacob qui s’unit à elle. […] Le lendemain matin, Jacob se rendit compte que c’était Léa (Genèse 29.21-25).

Ce mariage a consisté en un banquet, point final. D’autre part, on ne sait pas trop comment Jacob s’est arrangé pour ne pas reconnaître qu’il n’avait pas la bonne fille dans son lit. Il n’y avait pas l’électricité, mais quand même. Je continue.

Alors il (Jacob) dit à Laban : – Que m’as-tu fait ? N’est-ce pas pour Rachel que j’ai travaillé chez toi ? Pourquoi alors m’as-tu trompé ? Laban répondit : – Chez nous, il n’est pas d’usage de marier la cadette avant l’aînée. Mais termine la semaine de noces avec celle-ci, et nous te donnerons aussi l’autre en contrepartie de sept autres années de travail chez moi. Jacob accepta : il termina cette semaine-là avec Léa […]. Jacob s’unit également à Rachel qu’il aimait plus que Léa. Il travailla encore sept autres années chez Laban (Genèse 29.25-30).

Finalement, Jacob obtient les deux sœurs mais il doit travailler encore sept années pour son oncle.

Un autre mariage tout à fait extraordinaire est celui de Booz et de Ruth qui est raconté dans le livre qui porte son nom. Il s’est fait selon un rite institué par la loi de Moïse, et qui avait pour but d’aider les veuves sans enfant à se remarier. En fait, c’était plutôt une transaction d’affaires qu’un mariage d’amour bien que l’un n’exclut pas l’autre.

Comme c’était l’habitude des pauvres, Ruth glanait dans un champ de céréales. Le hasard de Dieu voulut qu’il appartienne à un certain Booz qui était parent éloigné du mari de Ruth. Booz faisait partie de ceux qui avaient droit de rachat de la propriété du défunt mais sa veuve faisait partie du lot. Ça surprend un peu mais quand on pense au sort des veuves dans certains pays du tiers-monde, ce système est plutôt bien.

Un jour, Noémi, la belle-mère, a expliqué à Ruth comment harponner un gros poisson ; je veux dire comment procéder pour que Booz l’épouse ; elle lui a dit :

Tu sais que Booz, avec les servantes duquel tu as travaillé, est notre parent. Ce soir il doit vanner l’orge amassée dans l’aire. Lave-toi donc et parfume-toi, puis mets tes plus beaux habits et rends-toi à l’aire où il bat son orge. Mais ne fais pas connaître ta présence avant qu’il ait fini de manger et de boire. Quand il se couchera pour dormir, note bien l’endroit où il s’installe, approche-toi, écarte la couverture pour lui découvrir les pieds et puis, couche-toi là. Il te dira alors ce que tu devras faire. […] Booz mangea et but et il fut très content, puis il alla se coucher au bord du tas d’orge. Alors Ruth s’approcha tout doucement, elle écarta la couverture pour découvrir ses pieds et se coucha là. Au milieu de la nuit, Booz eut un frisson, il se pencha en avant et s’aperçut qu’une femme était couchée à ses pieds. – Qui es-tu ? lui demanda-t-il. – Je suis Ruth, ta servante. Veuille me prendre sous ta protection (littéralement : étends le pan de ton manteau sur ta servante) car, en tant que proche parent, tu es responsable de moi. – Que l’Éternel te bénisse, ma fille, lui dit-il. Ce que tu viens de faire est une preuve d’amour envers ta belle-mère encore plus grande que ce que tu as déjà fait. En effet, tu aurais pu courir après les jeunes hommes, qu’ils soient pauvres ou riches. Maintenant, ma fille, ne t’inquiète pas : je ferai pour toi tout ce que tu demandes, car tous les gens de l’endroit savent que tu es une femme de valeur. Il est vrai que j’ai envers toi la responsabilité d’un proche parent, mais il existe un parent plus direct que moi. Passe ici la fin de la nuit, et demain matin nous verrons si cet homme veut s’acquitter envers toi de sa responsabilité de proche parent. Si oui, qu’il le fasse. S’il refuse, je te promets, aussi vrai que l’Éternel est vivant, que je m’en acquitterai envers toi. En attendant, reste couchée jusqu’au matin ! Elle resta couchée à ses pieds jusqu’au matin, puis elle se leva au petit jour avant que l’on puisse se reconnaître, car Booz avait dit : Il ne faut pas que l’on sache qu’une femme est venue sur l’aire (Ruth 3.2-14).

Le lendemain, Ruth est retournée chez elle et a expliqué comment cette nuit mémorable s’était passée. Alors Noémi lui a dit :

Maintenant, ma fille, reste là jusqu’à ce que tu saches comment les choses tourneront, car cet homme ne se donnera aucun répit avant d’avoir réglé cette affaire aujourd’hui (Ruth 3.18).

Booz était tout à fait d’accord d’épouser Ruth car il la respectait beaucoup, mais il lui fallait l’aval d’un autre homme, qui était plus proche parent du défunt que lui. Cette histoire romantique est tellement éloignée de notre culture et si extraordinaire qu’elle ferait un beau film pour la Saint-Valentin. Je continue à la lire.

Booz se rendit à la porte de la ville, et il y prit place. Quand le plus proche parent, dont il avait parlé et qui avait le devoir de s’occuper de Ruth vint à passer, Booz lui dit : – Un tel ! Viens donc t’asseoir ici ! L’homme s’approcha et s’assit. Booz fit approcher dix hommes parmi les responsables de la ville et leur demanda de s’asseoir avec eux. Lorsqu’ils se furent installés, il s’adressa ainsi au plus proche parent : – Noémi, qui est revenue du pays de Moab, met en vente le champ d’Élimélek, notre parent. J’ai pensé t’en informer et te proposer de le racheter par-devant les habitants de la ville et les responsables de mon peuple ici présents. Si tu veux exercer ton droit de rachat, fais-le. Sinon, déclare-le moi, que je le sache, car tu viens en premier lieu pour disposer du droit de rachat, et je viens directement après toi. L’homme lui répondit : – Oui, je veux le racheter. Booz poursuivit : – Si tu acquiers le champ de la main de Noémi, tu prendras pour femme Ruth la Moabite, la veuve du défunt, pour donner au défunt une descendance qui héritera de son patrimoine. – Dans ces conditions, dit le plus proche parent, je ne peux pas racheter pour mon compte, car je ferais tort à mon propre patrimoine. Reprends donc à ton compte mon droit de rachat, car je ne puis en profiter moi-même. Autrefois, en Israël, lorsqu’on procédait à un rachat ou à un échange de biens, la coutume voulait que l’un des contractants ôte sa sandale et la donne à l’autre pour valider la transaction. Ainsi, l’homme qui avait le droit de rachat dit à Booz : « Acquiers le champ », et il retira sa sandale. Alors Booz déclara aux responsables et à tous ceux qui étaient là : – Vous êtes témoins aujourd’hui que j’ai acquis de la main de Noémi tout ce qui appartenait à Élimélek et tout ce qui était à Kilyôn et à Mahlôn. De ce fait, je prends aussi pour femme Ruth la Moabite, la veuve de Mahlôn, pour susciter au défunt une descendance qui recevra son héritage et pour que son nom ne disparaisse pas dans son lignage et dans sa ville natale. Vous en êtes témoins aujourd’hui. Alors tous ceux qui se trouvaient à la porte et tous les responsables dirent : – Oui : nous en sommes témoins ! Que l’Éternel rende la femme qui entre dans ta famille semblable à Rachel et à Léa qui, à elles deux, ont donné naissance à tout le peuple d’Israël ! Puisses-tu toi-même prospérer à Éphrata et devenir célèbre à Bethléhem ! Que l’Éternel t’accorde, par cette jeune femme, une descendance aussi nombreuse que celle de Pérets, le fils que Tamar a donné à Juda. C’est ainsi que Booz prit Ruth pour femme (Ruth 4.1-13).

Ici encore, aucune cérémonie religieuse n’a eu lieu. Comme dans les cas précédents, ce mariage est purement civil même si le nom de Dieu est invoqué dans la bénédiction que prononcent les témoins. Par contre, ce mariage est très structuré parce qu’il correspond à une situation bien précise prévue par la loi de Moïse, qui répond au besoin d’une veuve seule à deux doigts de la misère.

Dans les Écritures, Dieu regarde le mariage entre un homme et une femme comme une alliance. Dans le livre des Proverbes, par exemple, la femme adultère qui a quitté son mari est décrite comme ayant oublié l’alliance conclue au nom de son Dieu (Proverbes 2.17). Et le prophète Ézéchiel rapporte des paroles surprenantes de l’Éternel. Parlant d’Israël sous forme poétique et même très romantique, Dieu dit :

Je t’ai fait croître comme l’herbe des champs ; tu as grandi et tu t’es développée, tu es devenue très très belle : ta poitrine s’est formée, tes poils ont poussé, mais tu étais toujours complètement nue. Quand j’ai repassé près de toi et que je t’ai revue, je me suis aperçu que tu avais atteint l’âge de l’amour. Alors j’ai étendu sur toi le pan de mon manteau et j’ai couvert ta nudité. Je t’ai prêté serment pour conclure une alliance avec toi, le Seigneur l’Éternel, le déclare. C’est ainsi que tu es devenue mienne (Ézéchiel 16.7-8).

Tous les mariages juifs n’étaient pas aussi extraordinaires que ceux de Jacob ou de Ruth. On sait qu’il y avait souvent une procession solennelle et joyeuse, conduite par les amis du marié, qui se terminait par un échange de serments entre les deux époux.

En Israël, à l’époque de Malachie, beaucoup d’hommes israélites, Lévites et prêtres en tête, répudiaient leur femme juive légitime pour épouser une païenne idolâtre. Non seulement ils se conduisaient en vrais — je pense à un mot qui commence par un s —, mais ils se rendaient également très coupables devant l’Éternel parce qu’ils commettaient un double péché, une double violation d’alliance. La première, comme dans n’importe quel divorce ordinaire, se situe au niveau des époux qui se quittent. Souvent l’un est davantage coupable que l’autre, mais il arrive aussi que la faute incombe exclusivement à l’un des membres du couple. Quand Malachie prophétise, il condamne uniquement les hommes.

La seconde violation d’alliance qu’ils commettent est la conséquence de la première, car s’ils rejettent leur première femme, c’est pour en prendre une autre, mais il se trouve qu’elle est vouée aux faux dieux. Or, l’alliance que l’Éternel avait conclue avec le peuple d’Israël interdisait sévèrement toute union de ce genre, parce que comme je l’ai déjà expliqué, elle entraînait presque immanquablement un dérapage spirituel de la part du mari. La preuve nous en est donnée par Salomon comme je l’ai déjà expliqué, mais aussi par les prêtres qui, à l’époque de Malachie, répudiaient leur femme juive pour épouser une païenne d’un peuple voisin. Ils étaient donc deux fois coupables.

Après s’être fait rabrouer par Néhémie, certains se sont repentis et ont fait marche arrière. Mais d'autres ont délibérément choisi de quitter le judaïsme, et si on en croit l’historien juif Josèphe, ils ont alors créé leur propre système religieux, une sorte de syncrétisme qui au temps de Jésus existait toujours. C’était la religion des Samaritains, ce qui leur valait la haine de ceux qui se considéraient comme les vrais Juifs.

Après ce discours sur le mariage, nous arrivons enfin au verset 15 du second chapitre de Malachie. Mais de tout le livre, c’est aussi le plus difficile à traduire de l’hébreu, ce qui fait que les versions sont très divergentes. La première phrase est littéralement :

N’a-t-il pas fait un et le reste d’esprit en lui ? (Malachie 2.15 a ; auteur).

C’est particulièrement obscur, j’en conviens. Si on savait ce que représente cet un , on aurait un début de piste. Toutes les Écritures ne sont pas limpides comme du cristal parce que Dieu désire qu’on les étudie sérieusement.