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Émission 1227 - Malachie 2.15-2.16

Diffusé le 7 septembre 2016 - ::

Chapitre 2

Verset 15

Moi, j’ai horreur des casse-têtes chinois et des rébus en tous genres. Le cube de Rubik et toutes ces boîtes qui contiennent des centaines ou même plus d’un millier de tous petits cartons qu’il faut assembler en un puzzle géant, ça me sort par les yeux. Par contre, je me passionne à rechercher et à trouver si possible le sens d’un passage biblique difficile. En hébreu, la première phrase du verset 15 du second chapitre de la prophétie de Malachie n’a guère de sens, mais comme c’est la Parole de Dieu, il faut la traiter avec respect. Littéralement nous avons :

N’a-t-il pas fait un et le reste d’esprit en lui ?

Si le mot un représente l’union d’un homme et d’une femme ; si le pronom il désigne Dieu ; si au lieu d’ esprit , on traduit souffle de vie  ; et tout ça est possible, alors on arrive à la phrase :

L’Éternel n’a-t-il pas fait un seul être, le reste possédant souffle de vie ?

Ça va toujours pas à cause du mot reste . Mais si on change légèrement le pointage des voyelles, on obtient le mot chair et la phrase devient :

L’Éternel n’a-t-il pas fait un seul être, chair possédant souffle de vie ?

Maintenant, ça va. Cette interprétation est souvent adoptée parce qu’elle est conforme au contexte dans lequel Malachie adresse de sévères remontrances aux hommes israélites qui ont répudié leur épouse juive légitime pour prendre à sa place une belle femme plantureuse païenne. Il les accuse de trahison, d’avoir rompu leur engagement, violé l’alliance maritale qu’ils avaient conclue avec leur premier amour. Il y aurait donc dans les paroles de Malachie une allusion à l’institution du mariage qu’on trouve dans le livre de la Genèse où il est dit que l’homme s’attachera à sa femme, et les deux ne feront plus qu’un (Genèse 2.24).

Oui, mais cette interprétation a quand même deux gros problèmes. Le premier est qu’il faut transformer le mot reste en chair  ; c’est possible mais ça force un peu. Le second problème est la phrase chair possédant souffle de vie qui fait allusion à la création de l’homme. En effet, dans le livre de la Genèse, il est écrit :

L’Éternel Dieu façonna l’homme avec de la poussière du sol, il lui insuffla dans les narines le souffle de vie, et l’homme devint un être vivant (Genèse 2.7).

Mais dans le contexte des hommes israélites qui répudient leur femme pour en prendre une autre, on se demande que vient faire ici une référence à la création de l’homme. Il faut donc trouver une autre interprétation. Si on reprend cette phrase mystérieuse n’a-t-il pas fait un et le reste d’esprit en lui ? et si un désigne chaque homme israélite coupable, si le mot pour esprit est traduit par bon sens , ou bonne conscience , ce qui est tout à fait légitime, on obtient : Un homme en qui subsiste ne serait-ce qu’un reste de bonne conscience ferait-il cela  ? En bon français ça donne : Aucun homme ayant le moindre bon sens n’agirait comme vous le faites , c’est-à-dire qu’il ne divorcerait pas la femme de sa jeunesse pour en épouser une autre qui de surcroît est une païenne idolâtre. Ouf ! C’était pas simple.

Verset 15 b

Je continue avec la phrase suivante du verset 15.

Et que cherche cet homme, une postérité qui lui viendrait de Dieu ? (Malachie 2.15 b ; auteur).

Cette question de rhétorique accompagnée de sa réponse demande un « Non ! » franc et massif. Absolument pas ! Les Israélites qui répudient leur épouse légitime pour s’embringuer avec une païenne idolâtre ne souhaitent pas faire des enfants en veux-tu en voilà. Ce n’est pas une postérité qu’ils recherchent, mais seulement avoir du bon temps avec une jeune fille.

Bien des commentateurs pensent que cette phrase fait référence au patriarche Abraham et la traduisent de la manière suivante : Alors qu’a fait cet homme-là — Abraham — dont nous avons l’exemple ? Eh bien, il cherchait une descendance qui lui vienne de Dieu . Malachie répondrait alors à une objection de la part des hommes israélites qui essaieraient de justifier leur conduite en disant qu’après tout ils ne font que suivre l’exemple d’Abraham avec Hagar. On lit en effet dans la Genèse que Sara étant stérile, elle a dit à son mari de coucher avec sa servante Hagar. À cette époque, y’avait pas d’insémination artificielle ; tout était au naturel et les servantes servaient accessoirement de concubine ou de ventre porteur.

Il faut dire aussi que le but de Sara était d’aider l’Éternel à tenir la promesse d’une postérité qu’il avait faite au couple patriarcal. Abraham étant d’un tempérament plutôt « laisser-faire », il a écouté sa femme et aussitôt dit, aussitôt fait ; il a mis Hagar enceinte. Mais ensuite, les relations entre les deux femmes se sont détériorées. Alors, toujours à la demande de Sara, et à contrecœur, Abraham a chassé Hagar en même temps que son fils Ismaël (Genèse 16).

Selon bien des commentateurs, les Israélites citeraient donc l’exemple d’Abraham pour justifier leur conduite impie. Le prophète répondrait alors qu’Abraham a renvoyé Hagar pour préserver la postérité que l’Éternel lui avait promise et donnée en Isaac. Ça, c’est vrai, et cette compréhension du passage qui fait intervenir Abraham est séduisante. Cependant, elle pose trop de difficultés, ce qui fait qu’il est très peu probable que Malachie ait eu Abraham à l’esprit.

Il n’est guère concevable que les hommes israélites essaieraient de justifier leur action en disant qu’ils agissent comme Abraham qui a pris Hagar pour avoir une postérité de Dieu.

Premièrement, le patriarche n’a pas renvoyé sa femme légitime mais une servante, tandis que les Israélites font quasiment le contraire. Et puis ce n’est pas pour obtenir une postérité qu’ils prennent une païenne, mais pour satisfaire leurs convoitises charnelles.

Deuxièmement, s’il est vrai qu’après la mort de Sarah, Abraham a épousé Qetoura (Ketura) de qui il a eu plusieurs fils (Genèse 25.1-4), aucun d’entre eux ne fait partie de la postérité qui vient de Dieu. D’ailleurs de son vivant, le patriarche a pris grand soin de faire en sorte qu’Isaac, l’enfant de la promesse, soit tenu à l’écart de tous les autres (Genèse 25.6). Tout ça pour dire que dans le verset 15, Malachie ne parle pas d’Abraham.

Dans l’ancienne version grecque qui était très utilisée au premier siècle, on a : Vous dites : Que chercherait Dieu d’autre qu’une postérité ? En d’autres mots, la justification des hommes israélites serait que l’Éternel veut une augmentation de la population de son peuple, quelle qu’en soit l’origine. Mais cette interprétation est non seulement très éloignée du texte hébreu traditionnel mais elle communique une vision de Dieu erronée.

Pour conclure, il apparaît que la traduction que j’ai proposée est probablement la bonne. Je la rappelle : et que cherche cet homme (parlant des hommes israélites coupables), une postérité qui lui vienne de Dieu  ? Une question qui demande un non franc et massif.

Verset 15 c-16

Je continue le texte avec la fin du verset 15 qui se rattache au suivant.

Restez donc dans votre bon sens, et ne trahissez pas la femme de votre jeunesse. Car je déteste la répudiation, déclare l’Éternel, le Dieu d’Israël, et celui qui agit ainsi, couvre de violence son vêtement, déclare l’Éternel des armées. Prenez donc garde à vous-mêmes et n’agissez pas en traîtres ! (Malachie 2.15 c-16 ; auteur).

L’exhortation de Malachie aux hommes est donc : Gardez votre bonne conscience, et ne vous conduisez pas comme des traîtres envers votre femme.

Dans l’Israël ancien, quand un Israélite se mariait, il étendait son manteau sur son épouse. Par cet acte symbolique, il lui promettait tendresse et protection. Cette coutume apparaît bien dans les passages tirés de Ruth et d’Ézéchiel que j’ai déjà cités. Par une belle nuit étoilée, Booz dort du sommeil du juste dans l’un de ses champs. Tout à coup il s’éveille et découvre une femme endormie à ses pieds. C’est Ruth la Moabite qui lui dit alors :

Étends sur ta servante le pan de ton manteau, car tu as droit de rachat (Ruth 3.9 ; JER).

Dans le livre d’Ézéchiel, l’Éternel compare sa relation à Israël à un mariage et dit :

Quand j’ai repassé près de toi et que je t’ai revue, je me suis aperçu que tu avais atteint l’âge de l’amour. Alors j’ai étendu sur toi le pan de mon manteau et j’ai couvert ta nudité. Je t’ai prêté serment pour conclure une alliance avec toi ; le Seigneur, l’Éternel, le déclare. C’est ainsi que tu es devenue mienne (Ézéchiel 16.8).

Fort de cet arrière-plan culturel, on comprend mieux ce que signifient les paroles de l’Éternel quand il dit que celui qui répudie son épouse légitime sans raison, juste pour en marier une plus jeune, commet un acte de violence à l’égard de sa femme. Il couvre de violence son vêtement . C’est comme si le manteau qu’il a étendu sur son épouse le jour des noces était maintenant taché de sang.

Dieu exprime ici avec la plus grande sévérité combien il a horreur de la conduite coupable des hommes israélites parce qu’ils se montrent cruels à l’égard de leur épouse légitime, et par cet acte, ils rompent l’alliance que par serment ils avaient juré de respecter. Dieu est tellement furieux, qu’il martèle sa désapprobation en tapant du poing sur la table pour ainsi dire, en déclarant deux fois que c’est lui qui parle, l’Éternel, le Dieu d’Israël, et l’Éternel des armées.

D’une manière générale, Dieu désapprouve le divorce. Mais ici, c’est pire car il s’agit d’une répudiation qui n’a d’autre mobile que la convoitise charnelle et qui bien sûr fait violence aux droits de l’épouse lésée.

Dans le monde antique, quand une femme était rejetée, elle était dans la situation que les Allemands appellent Torschlusspanik , un avenir bouché fait de honte, détresse et de misère.

En Israël, et comme je l’ai déjà dit, ces répudiations avaient des répercussions religieuses catastrophiques sur le peuple élu, ce qu’on découvre dans le livre de Néhémie. Après avoir reconstruit les murailles de Jérusalem, ce brave gouverneur avait dû rentrer en Perse pour rendre des comptes à son maître, le roi Artaxerxès. Puis après un certain temps, il a pu retourner à Jérusalem. Mais dès son arrivée, il a pris une grosse douche froide, très froide. En effet, pendant son absence, le grand-prêtre Éliashib qui avait été quelqu’un de fidèle à l’Éternel était maintenant parent avec des ennemis du peuple de Dieu. Son petit-fils Joyada était le gendre de Sanballat le Horonite (Néhémie 13.28). Et pour faire bon poids bonne mesure, Éliashib était également devenu parent de Tobiya, Ammonite de son état et donc persona non grata en Israël. Or, Éliashib n’avait rien trouvé de mieux que de loger Tobiya dans l’une des salles qui servaient d’entrepôt au temple de l’Éternel, rien que ça (Néhémie 13.4, 7).

Ni une ni deux, Néhémie a fait le ménage comme Jésus avec les marchands du temple ; il a pris tout ce qui appartenait à Tobiya et l’a viré (Néhémie 13.8). Ensuite, il a fait purifier rituellement son ancien logement. On peut se demander si Néhémie ne regrettait pas les jours paisibles qu’il passait en Perse, parce que quand il est arrivé à Jérusalem, c’était la zizanie complète. Il a également dû rétablir l’observance du sabbat que les Juifs ignoraient totalement (Néhémie 13.15-19) parce que le commerce marchait fort 7 jours sur 7, au point où des habitants de Tyr, une ville phénicienne, s’étaient même installés dans Jérusalem où à n’en pas douter, ils avaient ouvert une boutique ayant pignon sur rue.

Tout cela étant dit, la cerise sur le gâteau revient quand même à ces mariages si fortement condamnés par Malachie. Néhémie écrit :

À cette même époque, je vis des Juifs qui avaient pris des femmes asdodiennes, ammonites, moabites. La moitié de leurs fils parlaient l’asdodien, et ne savaient pas parler le juif ; ils ne connaissaient que la langue de tel ou tel peuple. Je leur fis des réprimandes, et je les maudis ; j’en frappai quelques-uns, je leur arrachai les cheveux, et je les fis jurer au nom de Dieu, en disant : – Vous ne donnerez pas vos filles à leurs fils, et vous ne prendrez leurs filles ni pour vos fils ni pour vous (Néhémie 13.23-25).

D’après ce qu’écrit Néhémie, ces enfants ne parlaient pas l’hébreu, ce qui veut dire qu’ils avaient été élevés par leur mère selon sa culture, ses coutumes et sa religion qui était polythéiste. De toute évidence, le peuple de Dieu se corrompait à vive allure, et sans l’intervention énergique de Néhémie, il aurait fini par disparaître, noyé dans la masse des autres nations. C’est exactement ce que Satan essayait d’accomplir, car il ne faut pas se leurrer, c’est bien lui qui a joué sur la convoitise des hommes israélites et attisé leur concupiscence.

Néhémie a ordonné que ceux qui voulaient continuer à faire partie du peuple élu devaient renvoyer leur seconde épouse avec leurs enfants. À n’en pas douter, ce fut un déchirement qui entraîna beaucoup de souffrances et aussi une seconde répudiation, une séparation dure, mais celle-ci était la volonté de Dieu.

Cela m’amène à dire et à rappeler que le divorce n’est pas totalement interdit par les Écritures et qu’il y a des circonstances où c’est la moins mauvaise des solutions. Cependant, depuis la Création de l’homme, la situation idéale et voulue par Dieu est qu’il trouve une compagne et reste avec elle pour la vie. C’est d’ailleurs ce qui s’est passé pour Adam. Dieu l’a créé de la poussière de la terre, puis, dit le texte :

L’Éternel Dieu, qui avait façonné du sol tous les animaux des champs et tous les oiseaux du ciel, les fit venir vers l’homme pour voir comment il les nommerait, afin que tout être vivant porte le nom que l’homme lui donnerait. L’homme donna donc un nom à tous les animaux domestiques, à tous les oiseaux du ciel et aux animaux sauvages. Mais il ne trouva pas d’aide qui soit son vis-à-vis (Genèse 2.19-20).

L’Éternel avait créé tous les animaux mâle et femelle, mais l’homme n’avait pas de compagne. Après avoir passé en revue tous les animaux, Adam s’est rendu compte qu’il était seul, et pourtant il avait besoin de compagnie, quelqu’un comme lui, avec qui il puisse partager sa vie. Une fois qu’Adam a pris conscience de sa solitude, le texte dit :

L’Éternel Dieu plongea l’homme dans un profond sommeil. Pendant que celui-ci dormait, il prit une de ses côtes et referma la chair à la place (Genèse 2.21).

On peut se demander pourquoi Dieu n’a pas façonné Ève à partir de la poussière de la terre comme pour Adam. C’est sans doute pour bien imprimer dans l’esprit d’Adam que la femme fait partie de l’homme et qu’ensemble, ils forment un tout. Le texte dit :

Puis l’Éternel Dieu forma une femme de la côte qu’il avait prise de l’homme, et il l’amena à l’homme. Alors l’homme s’écria : Voici bien cette fois celle qui est os de mes os, chair de ma chair. Elle sera appelée « femme » car elle a été prise de l’homme (Genèse 2.22-23).

Adam a reconnu en Ève sa moitié, celle qui lui manquait. Cette complémentarité est bien rendue en hébreu ou le mot pour femme est celui pour homme augmenté de la terminaison du féminin qui est un long â. « Ish », homme, devient « Ishah », femme.

Les prédicateurs font quelquefois remarquer que Dieu a choisi de tirer la femme de la côte de l’homme et pas de sa tête pour qu’elle le domine, ni de son pied pour qu’elle soit son esclave. Elle provient de son côté pour être son égale et sa compagne, et elle est proche de son cœur, pour qu’il l’aime. Le texte de la Genèse dit :

Un homme se séparera de son père et de sa mère et s’attachera à sa femme, et les deux ne feront plus qu’un (Genèse 2.24).

Dans l’arithmétique céleste, un + un = un. Les familles originelles des deux membres du couple ne sont pas invitées dans cette nouvelle union. Pour que le nouveau couple réussisse, il faut qu’ils se séparent physiquement mais surtout émotionnellement de leurs parents respectifs. Les cas sont nombreux où une jeune femme mariée forme un couple non pas avec son mari mais avec sa mère, une dysfonction notoire qui ne manque pas d’engendrer de gros problèmes.

L’institution du mariage n’est pas une idée de l’homme mais de l’Éternel ; c’est lui qui a conçu cette union d’un homme et d’une femme pour leur bonheur réciproque.

Malheureusement, le péché est entré dans le monde et il a taché, infecté tous les domaines de la vie humaine y compris bien sûr les relations mari-épouse dans un mariage. Lorsque Moïse a donné la loi aux Hébreux, l’une de ses ordonnances parle du divorce mais sans l’instituer. Elle ne fait que reconnaître son existence et a pour objectif de rendre la séparation conjugale définitive une fois qu’elle a été suivie pour la femme d’un second mariage. Je résume ce passage :

Supposons qu’un homme ait épousé une femme et que, plus tard […] il rédige une lettre de divorce […]. Après être partie de chez lui, cette femme se remarie avec un autre homme. Supposons que ce second mari cesse aussi de l’aimer, qu’il rédige à son tour une lettre de divorce, […] ou supposons qu’il meure. Dans ce cas, le premier mari qui l’a renvoyée n’aura pas le droit de la reprendre pour femme (Deutéronome 24.1-4).

Au fil des siècles, cette loi a fait couler beaucoup d’encre parce qu’aucun motif n’est donné pour la raison du divorce et les termes hébreux sont très vagues. Heureusement pour nous, le Nouveau Testament est plus précis.