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Émission 1238 - Apocalypse 1.1-1.4

Diffusé le 22 septembre 2016 - ::

Chapitre 1

Verset 1

Quand je lis un roman policier, j’arrive toujours à un moment critique où le héros est dans de très vilains draps, par exemple ligoté sur des rails et on entend déjà le bourdonnement d’un train qui arrive à toute allure. Je suis alors angoissé pour lui et ne peux donc pas mettre simplement le livre de côté. Mais comme je n’ai pas non plus le temps de continuer à lire la suite de l’histoire, je regarde à la fin pour voir si le héros est toujours vivant. Une fois rassuré, je lui chuchote : je ne sais pas comment tu vas faire, mais tu vas t’en tirer .

Nous vivons dans un monde où quel que soit le domaine envisagé, la situation est au mieux mauvaise, mais le plus souvent, épouvantable. Cependant, il y a un livre qui s’appelle l’Apocalypse qui nous dit comment tout cela va se terminer et nous apprenons qu’un jour Dieu va créer de nouveaux cieux et une nouvelle terre où le mal n’existera plus.

Je continue à lire le premier verset de l’Apocalypse.

Révélation de Jésus-Christ. Cette révélation, Dieu l’a confiée à Jésus-Christ pour qu’il montre à ses serviteurs ce qui doit arriver bientôt ; et Jésus-Christ, en envoyant son ange, l’a fait connaître à son serviteur Jean (Apocalypse 1.1).

L’origine de la révélation est en Dieu le Père qui la confie à son Fils Jésus-Christ qui charge un ange de la communiquer à l’apôtre Jean qui la fait connaître aux chrétiens appelés « ses serviteurs », littéralement « ses esclaves », parce qu’il s’agit des croyants fidèles et consacrés, ceux à qui Jésus a dit :

Vous avez reçu le privilège de connaître les secrets du Royaume des cieux (Matthieu 13.11).

Les non-croyants, par contre, ne peuvent pas comprendre ce que Jésus veut dire quand il enseigne des réalités spirituelles parce que la vérité divine leur est cachée.

Cette révélation (de Jésus-Christ) annonce « ce qui doit arriver bientôt » au lieu de rapporter des faits historiques comme dans les quatre Évangiles.

Le mot « bientôt » ( en tachei ; comparez Apocalypse 2.16 ; 22.7, 12, 20) signifie que l’action est proche et imminente sans pour autant préciser quand elle aura lieu. Mais ces prophéties s’accompliront d’une manière soudaine et inattendue. Dès que le premier des événements se déclenchera, tous les autres s’enchaîneront à un rythme rapide pour ne pas utiliser un autre mot.

Jean n’est pas le premier auteur à utiliser les verbes révéler, faire connaître , ou encore ce qui doit arriver, le prophète Daniel fait de même (Daniel 2.28-30, 45-47). L’avenir porte en lui un aspect fascinant, mais il ne faut pas se laisser charmer, en attendant que Dieu manifeste visiblement sa présence, les croyants sont appelés à mener une vie sainte. L’apôtre Pierre écrit :

C’est pourquoi, mes chers amis, dans cette attente, faites tous vos efforts pour que Dieu vous trouve purs et irréprochables à ses yeux, dans la paix qu’il donne (2Pierre 3.14).

Bien que les Évangiles renferment des allusions à l’avenir, ils sont essentiellement centrés sur la vie et le ministère terrestres du Seigneur Jésus. Le livre des Actes, quant à lui, raconte l’histoire de l’Église depuis ses débuts, le jour de la Pentecôte, jusqu’à l’emprisonnement de l’apôtre Paul à Rome. Ensuite nous avons les épîtres, qui comme les Évangiles, ouvrent ici et là une petite fenêtre sur le futur, mais leur but est avant tout d’expliquer la signification de la mort et de la résurrection de Jésus-Christ, et de l’appliquer à la vie des croyants. Donc, si on considère le Nouveau Testament, les cinq premiers livres sont orientés vers le passé et les vingt et un suivants se préoccupent du présent.

L’Apocalypse, le 27e et dernier livre du Nouveau Testament, est le seul qui soit prophétique, le seul qui soit principalement axé sur ce qui arrivera à l’avenir et il n’y a pas beaucoup de couleur rose bonbon, tant s’en faut. C’est un livre de jugements et de condamnation et ce côté sombre n’est jamais caché. Il y est question de l’Agneau égorgé (Apocalypse 13.8), mais aussi de la colère de l’Agneau (Apocalypse 6.16) ; d’ un fleuve d’eau de la vie (Apocalypse 22.1), mais aussi d’ un étang de feu (Apocalypse 20.10, 14-15).

Toujours dès le premier verset, il est dit que ce qui doit arriver bientôt, Jésus-Christ, en envoyant son ange, l’a fait connaître à son serviteur Jean . Les mots « l’a fait connaître » sont la traduction d’un verbe grec esêmanen qui veut dire faire connaître par signes, symboles , ou par la parole .

L’ange que Jésus a envoyé n’est pas nommé, mais nous avons de bonnes raisons de penser qu’il s’agit de Gabriel, parce que c’est lui qui apporta des messages au prophète Daniel, à Marie mère de Jésus, et à Zacharie, le père de Jean Baptiste (Daniel 8.16 ; 9.21-22 ; Luc 1.18-19, 26-31).

Dans le Nouveau Testament, l’Apocalypse est unique en son genre de bien des manières et aussi dans le sens qu’elle est le seul livre dont le contenu a été révélé à son auteur humain par l’intermédiaire d’anges. Cette vérité est réaffirmée tout à la fin du livre quand Jésus déclare :

Moi, Jésus, j’ai envoyé mon ange pour rendre témoignage à ces vérités destinées aux Églises. Je suis le rejeton de la racine de David, son descendant. C’est moi, l’étoile brillante du matin (Apocalypse 22.16).

Des anges ont pris part à la transmission des prophéties de l’Apocalypse à Jean au même titre que la loi de Moïse a été promulguée par leur intermédiaire, ce que le Nouveau Testament confirme trois fois (Actes 7.53 ; Galates 3.19 ; Hébreux 2.2). Les anges étaient très présents dans l’Ancien Testament, et ils le sont également dans les fresques grandioses que Jean nous peint dans l’Apocalypse, ce qui contraste avec les autres livres du Nouveau Testament. En effet, pendant le temps de la grâce aussi appelé, de l’Église, les anges sont peu actifs parce qu’ils ont été supplantés par le Saint-Esprit.

Par contre, dans le livre de l’Apocalypse ils sont partout, ce qui montre bien qu’à cette époque lointaine, d’une part, le monde sera sous un régime différent de celui dans lequel nous sommes actuellement, et d’autre part, Dieu aura repris son programme avec Israël. Mis à part deux chapitres de l’Apocalypse (4 et 13), des anges figurent dans tous les autres. Ils sont tellement présents que le quart des références aux anges contenues dans les Écritures se trouve dans l’Apocalypse. Ils y sont mentionnés 71 fois, soit plus souvent que dans n’importe quel autre livre sacré, ce qui fait de l’Apocalypse une source précieuse d’information concernant le ministère des êtres angéliques.

Jean se présente comme un serviteur, en réalité, un esclave ( doulos ), la même façon que Paul, Jacques, Pierre et Jude s’identifient dans le Nouveau Testament. Jean ne dit rien d’autre de lui. S’il est vrai qu’à une certaine époque, il a résidé en Asie Mineure, il est clair, d’après la langue et le style du livre, que l’auteur est un chrétien d’origine juive ayant une position d’autorité dans les Églises de cette région. Influencés par la tradition selon laquelle Jean, fils de Zébédée et frère de Jacques, avait émigré à Éphèse, les premiers écrivains chrétiens identifièrent tout naturellement l’apôtre Jean au prophète qui écrivit l’Apocalypse.

J’ai déjà couvert en détail les raisons qui justifient cette conviction. Cependant, le facteur le plus décisif en faveur d’une telle prise de position est peut-être la manière sobre dont l’auteur signe simplement Jean, comme s’il n’existait dans ces contrées aucun autre dirigeant chrétien avec qui on pût le confondre. De plus, et comme je l’ai déjà dit, la pensée et les expressions de l’Évangile et de l’Apocalypse ont des affinités si nombreuses et si remarquables qu’on doit admettre que c’est la même plume qui a rédigé les deux livres.

Verset 2

Je continue maintenant à lire le livre de l’Apocalypse.

En tant que témoin, celui-ci a annoncé la Parole de Dieu que Jésus-Christ lui a transmise par son propre témoignage : il a annoncé tout ce qu’il a vu (Apocalypse 1.2).

Jean se présente ici tout d’abord en tant que prédicateur de la Parole de Dieu en général, et du Seigneur en particulier, puisqu’il fut témoin de sa vie et de la vérité que Jésus a révélée ; c’est ce qu’il nous raconte dans son Évangile. Deuxièmement, Jean se dit témoin de ce qu’il a vu et entendu, que ce soit dans notre réalité ou dans la vision qu’il a reçue et qui concerne la seconde venue du Seigneur. En effet, par tout ce qu’il a vu , Jean désigne premièrement les faits historiques dont il a été témoin lors de la première venue de Jésus ce qu’il a rapporté dans son Évangile par des expressions spécifiques comme :

Nous avons contemplé sa gloire (Jean 1.14).

Celui qui rapporte ces faits les a vus de ses propres yeux et son témoignage est vrai. Il sait parfaitement qu’il dit la vérité (Jean 19.35).

Nous vous annonçons le message de celui qui est la vie. Nous vous annonçons ce qui était dès le commencement : nous l’avons entendu, nous l’avons vu de nos propres yeux, nous l’avons contemplé et nos mains l’ont touché (1Jean 1.1).

Deuxièmement, par tout ce qu’il a vu , Jean décrit aussi ce qui lui a été miraculeusement révélé.

Cet apôtre était un homme discret qui évitait d’attirer l’attention sur lui. Dans son Évangile, il ne fait jamais allusion à lui-même, mais dans l’Apocalypse, au commencement et à la fin de sa vision, il dit : Moi Jean (Apocalypse 1.9 ; 22.8), pour bien souligner que ce qu’il a vu était époustouflant mais que c’est la vérité. Tout comme Jean authentifia les faits qui entourent la première venue de Jésus (Jean 19.35 ; 21.24 ; 1 Jean 1.2 ; 4.14), il atteste ici les événements qui concerneront sa seconde venue.

Une autre remarque intéressante concernant Jean est qu’il est l’auteur sacré qui va le plus loin dans l’éternité passée. En effet, dans l’Évangile, il dit :

Au commencement était celui qui est la Parole de Dieu. […] Au commencement, il était avec Dieu. Tout a été créé par lui ; rien de ce qui a été créé n’a été créé sans lui (Jean 1.1-3).

Puis, quand il rédige l’Apocalypse, c’est encore Jean qui pénètre le plus profondément dans l’éternité future, jusqu’à entrer dans le royaume de Dieu encore à venir.

Verset 3

Je continue à lire dans le premier chapitre de l’Apocalypse.

Heureux celui qui donne lecture des paroles de cette prophétie et ceux qui les entendent, et qui obéissent à ce qui est écrit dans ce livre, car le temps est proche (Apocalypse 1.3).

Dans cette phrase, les verbes donner lecture, entendre et obéir sont des participes présents. Entendre la Parole de Dieu, c’est-à-dire l’accepter dans son cœur, puis lui obéir sont une obligation pour tous ceux qui se disent croyants. Un jour, une femme a dit à Jésus :

Heureuse la femme qui t’a mis au monde et qui t’a allaité ! (Luc 11.27).

Mais le Seigneur lui a répondu :

Heureux plutôt ceux qui écoutent la Parole de Dieu et qui y obéissent ! (Luc 11.28).

L’expression, Celui qui donne lecture , fait référence à une pratique courante dans les Églises du premier siècle. Quand les chrétiens se réunissaient, quelqu’un lisait à haute voix un passage de l’Ancien Testament ou d’une lettre d’un apôtre et tous les autres écoutaient. Il faut se rappeler qu’à cette époque, le parchemin était cher et rare, et qu’au mieux, une assemblée chrétienne possédait un seul exemplaire des Écritures saintes. La lecture publique était donc le seul moyen pour les croyants de connaître la Parole de Dieu. Il est évident qu’ici Jean manifeste le désir que le contenu de sa vision soit lu dans les assemblées et considéré Parole inspirée de Dieu.

Le mot Heureux, appliqué à celui qui donne lecture des paroles, et à ceux qui les entendent, et qui leur obéissent, rappelle les béatitudes de l’Évangile selon Matthieu (Matthieu 5.3-12). En fait c’est ici la première de sept bénédictions promises dans l’Apocalypse ; je lis les six autres :

Puis j’entendis une voix venant du ciel me dire : – Écris : Heureux, dès à présent, ceux qui meurent unis au Seigneur. Oui, dit l’Esprit, car ils se reposent de toute la peine qu’ils ont prise, et ils seront récompensés pour leurs œuvres (Apocalypse 14.13).

Voici : je viens comme un voleur ! Heureux celui qui se tient éveillé et qui garde ses vêtements, afin de ne pas aller nu, en laissant apparaître sa honte aux yeux de tous ! (Apocalypse 16.15).

L’ange me dit alors : – Écris : Heureux les invités au festin des noces de l’Agneau. Et il ajouta : – Ce sont là les paroles authentiques de Dieu (Apocalypse 19.9).

Heureux et saints ceux qui ont part à la première résurrection. La seconde mort n’a pas prise sur eux. Ils seront prêtres de Dieu et du Christ, et ils régneront avec lui pendant les mille ans (Apocalypse 20.6).

Voici, dit Jésus, je viens bientôt ! Heureux celui qui garde les paroles prophétiques de ce livre (Apocalypse 22.7).

Heureux ceux qui lavent leurs vêtements. Ils auront le droit de manger du fruit de l’arbre de vie et de franchir les portes de la ville (Apocalypse 22.14).

Avant d’entrer dans le vif du sujet, Jean conclut son prologue en affirmant que le temps est proche . Le mot pour « temps » n’est pas kronos qui signifie le temps qui passe, que marque une horloge ou un calendrier, et qui a donné chronologie en français. Il s’agit d’un autre mot ( kainos ) qui se rapporte à une ère, une saison, une époque. Il désigne la période qui couvre les temps de la fin auxquels le prophète Daniel fait aussi référence à plusieurs reprises (Daniel 8.17 ; 11.35, 40 ; 12.4, 9). En disant que ce temps est proche, Jean répète ce qu’il a déjà dit, que les événements qu’il va décrire vont arriver bientôt (Apocalypse 1.1), c’est-à-dire qu’ils sont imminents.

Le retour de Jésus-Christ dans les airs, qui viendra chercher les siens, les membres de son Église, est le prochain grand événement inscrit sur le calendrier prophétique de Dieu, et le premier de la série de la fin des temps. Les croyants de toutes les époques doivent l’attendre avec anticipation ; à ce sujet, Jésus a dit à ses disciples :

Tenez-vous prêts à l’action (auteur). Gardez vos lampes allumées. Soyez comme des serviteurs qui attendent le retour de leur maître parti pour une noce. Dès qu’il arrive et qu’il frappe à la porte, ils lui ouvrent. […] tenez-vous prêts, car c’est à un moment que vous n’auriez pas imaginé que le Fils de l’homme viendra (Luc 12.35-36, 40).

La plupart des auteurs sacrés du Nouveau Testament s’attendaient au retour imminent du Seigneur, car ils emploient des expressions comme :

La nuit tire à sa fin, le jour va se lever (Romains 13.12).

Encourageons-nous mutuellement, et cela d’autant plus que vous voyez se rapprocher le jour du Seigneur (Hébreux 10.25).

Patientez donc jusqu’à ce que le Seigneur vienne. […], Soyez pleins de courage, car la venue du Seigneur est proche. […] Voici que le Juge se tient déjà devant la porte (Jacques 5.7-9).

La fin de toutes choses est proche (1Pierre 4.7).

La dernière heure a commencé (1Jean 2.18).

Verset 4 a, b

Je continue le texte du premier chapitre de l’Apocalypse.

Jean salue les sept Églises qui sont dans la province d’Asie : que la grâce et la paix vous soient données de la part de celui qui est, qui était et qui vient (Apocalypse 1.4 a, b).

Dans l’antiquité, l’auteur d’une lettre s’identifiait au début et non à la fin comme aujourd’hui.

Cette prophétie de Jean qui concerne la révélation de Jésus à la fin des temps se présente sous la forme traditionnelle d’une lettre qui commence par une salutation propre aux écrivains sacrés du Nouveau Testament, comme le fait l’apôtre Paul ou Jean lui-même dans sa seconde épître. Jean précise à qui le livre est adressé : il s’agit de sept Églises, de la province romaine d’Asie, qui étaient situées dans un rayon de 80 km autour de la ville d’Éphèse, un port sur la mer Égée à l’extrême ouest de la Turquie actuelle.

D’une certaine manière, ces sept Églises représentent toutes celles d’Asie Mineure et par extension toutes les Églises chrétiennes du monde et de tous les temps.

L’expression, la grâce et la paix , résume d’une manière concise aussi bien la relation des croyants avec Dieu que leur expérience personnelle. La grâce est l’attitude de Dieu le Père à l’égard de ses enfants, c’est-à-dire ceux qui ont placé leur confiance en Jésus seul ; la grâce est aussi ce qui leur permet de persévérer malgré les difficultés (Apocalypse 1.9).

La paix est la première caractéristique de la relation du croyant avec Dieu, ainsi que l’état de tranquillité intérieure qu’il peut ressentir malgré l’hostilité du monde extérieur envers lui. Et même si les prophéties de l’Apocalypse ont de quoi faire dresser les cheveux sur la tête du plus brave, le croyant peut connaître une paix parfaite alors que tout s’écroule autour de lui parce qu’il se sait en sécurité sous la protection de son Sauveur.

L’expression, celui qui est, qui était et qui vient (comparez Apocalypse 1.8 ; 2.8), est très inhabituelle pour désigner Dieu le Père et paraphrase le nom par lequel l’Éternel s’est révélé à Moïse quand il lui a dit : Je suis celui qui suis (Exode 3.14-15). Assez curieusement, Jean décrit l’Éternel sous les trois dimensions temporelles qui nous sont familières, alors que par définition et comme son nom l’indique, il se situe hors du temps, de l’espace, du monde visible et matériel.