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Émission 1244 - Apocalypse 2.12-2.14

Diffusé le 30 septembre 2016 - ::

Chapitre 2

Verset 12 a

Aujourd’hui, je communique quasi instantanément à la vitesse de l’éclair avec des gens du monde entier, grâce à la toile, le mot français pour l’internet. Mais dans l’Antiquité, il en était tout autrement. Sur mer, les nouvelles allaient au gré du vent, et sur terre, au mieux, elles se déplaçaient en même temps que les sabots d’un cheval qui portait le courrier. C’est le cas du coursier qui délivre le livre de l’Apocalypse à chacune des sept Églises.

Je continue à lire dans le second chapitre.

Au messager de l’Église de Pergame, écris (Apocalypse 2.12 a ; auteur).

Après Éphèse, le porteur est parti dans le nord et s’est rendu à Smyrne ; puis il a continué toujours en direction du nord et est arrivé à Pergame. Contrairement aux deux villes précédentes, Pergame est à l’intérieur des terres, à 24 km de la mer Égée, et en dehors des grandes voies romaines qui desservent l’empire. Pergame est la plus grande, et la plus belle des villes de la province d’Asie, et sa capitale depuis près de 250 ans, quand elle passa dans le giron de Rome (133 av. J-C).

Aujourd’hui, Pergame s’appelle Bergama. La plus grande partie de la ville est construite au sommet d’une colline de 300 mètres de haut de forme conique. Ce site est très impressionnant. Au 19e siècle, Sir William Ramsay, un célèbre archéologue, écrit :

Plus que tout autre site d’Asie Mineure, elle donne au voyageur l’impression d’une ville royale, le siège de l’autorité ; la colline rocheuse sur laquelle elle se tient est énorme et domine la vaste plaine de Caïcus (la vallée du Fleuve) avec une grande fierté et une grande audace (The Letters to the Seven Churches of Asia [Albany, Oregon: AGES Software ; réimpression de l’édition de 1904], p. 226).

Pergame possédait une immense bibliothèque de 200 000 manuscrits. Le général romain Marc Antoine (83-30 av. J-C) en fit cadeau à la reine Cléopâtre avec qui il eut une liaison pendant dix ans et plusieurs enfants. Mais apparemment, la notoriété et les richesses ne font pas le bonheur parce que tous deux se sont suicidés.

Avant que Pergame ne soit romaine, c’était la capitale d’un royaume indépendant. Au 3e siècle av. J-C, son roi tenta en douce de persuader le bibliothécaire d’Alexandrie de venir dans sa ville afin d’y constituer une bibliothèque qui rivaliserait avec celle d’Alexandrie. Mais le roi d’Égypte qui a vent du complot retient son bibliothécaire captif, et en représailles, il ordonne l’arrêt des exportations de papyrus à Pergame. C’est alors que, nécessité fait loi, les habitants de Pergame créent le parchemin (vélin), fait de peaux d’animaux traitées, et le répandent dans le monde antique.

Grâce à sa bibliothèque, Pergame devient le centre intellectuel de la province d’Asie et prend en charge la défense par les armes de la culture grecque contre les envahisseurs barbares, ce qu’elle fait avec succès. Une fresque à la base de l’autel de Zeus commémore la victoire militaire de Pergame sur nos ancêtres les Gaulois.

Pergame, comme toutes les autres villes importantes, est un centre religieux. Les quatre principales divinités sont Asclépios (Esculape), le dieu serpent, Zeus dont l’autel à la forme d’un trône, Dionysos ou Bacchus, dieu du vin et de la fertilité, et Athéna (Minerve), déesse de la sagesse et de la guerre.

Mais à côté des idoles, c’est le culte de l’empereur qui domine. D’ailleurs, c’est à Pergame qu’on construit le premier temple en son honneur (Auguste ; 29 av. J-C). Plus tard, la ville construit deux autres temples dédiés aux empereurs Trajan (53-117) et Septime Sévère (146-211). Pergame devient ainsi le plus grand centre de culte à l’empereur et on l’adore avec ferveur.

La conséquence est que la chasse aux chrétiens y est ouverte toute l’année, alors que dans les autres villes, les chrétiens sont surtout persécutés le jour officiel où chacun est tenu d’offrir un sacrifice à l’empereur. Polycarpe a été exécuté parce qu’il refusait de participer à un tel acte d’idolâtrie, et il est probable qu’Antipas, dont il est question plus loin (Apocalypse 2.13), a été mis à mort pour la même raison.

Verset 12

Je continue le texte.

À l’ange de l’Église de Pergame, écris : Voici ce que dit celui qui tient l’épée aiguisée à double tranchant (Apocalypse 2.12).

Celui qui tient l’épée aiguisée à deux tranchants, c’est bien sûr le Seigneur, ressuscité et glorifié. Dans cette lettre comme dans les deux précédentes, Jésus s’identifie en prenant une phrase de la description de la vision de Jean (Apocalypse 1.12-17), et la façon dont il se présente en dit long sur ce qu’il a l’intention de dire à l’Église de Pergame. Cette épée est celle du juge qui vient pour trancher, et qui va intervenir à cause du péché qui prolifère parmi les croyants de cette ville. Mais en en second lieu, cette épée représente la Parole de Dieu qui est vivante et efficace . L’auteur de l’Épître aux Hébreux dit encore :

Elle est plus tranchante que toute épée à double tranchant et, pénétrant jusqu’au plus profond de l’être, jusqu’à atteindre âme et esprit, jointures et moelle, elle juge les dispositions et les pensées du cœur. Nulle créature n’échappe au regard de Dieu, tout est à nu et à découvert aux yeux de celui à qui nous devons rendre compte (Hébreux 4.12-13 ; comparez Éphésiens 6.17).

Alors qu’une épée faite de métal finit toujours par s’émousser, la Parole de Dieu, elle, jamais. Elle retient toujours sa capacité de juger les mobiles les plus cachés du cœur. C’est d’ailleurs en s’appuyant sur sa Parole que Dieu jugera le monde et chaque individu, c’est-à-dire vous et moi.

Vers la fin du livre de l’Apocalypse, l’apôtre Jean assiste à la seconde venue de Jésus-Christ et il dit :

Je vis le ciel ouvert et voici, il y avait un cheval blanc. Son cavalier s’appelle « Fidèle et Véritable ». Il juge avec équité, il combat pour la justice. Il est vêtu d’un manteau trempé de sang. Il s’appelle La Parole de Dieu. De sa bouche sort une épée aiguisée pour frapper les nations. C’est lui qui sera leur berger car il les dirigera avec un sceptre de fer. Il va aussi écraser lui-même le raisin dans le pressoir à vin de l’ardente colère du Dieu tout-puissant (Apocalypse 19.11, 13, 15).

Les chrétiens de Pergame sont gravement fautifs pour avoir toléré la présence d’hérétiques au milieu d’eux, alors qu’ils auraient dû tuer le serpent dans l’œuf, comme on dit, et sans le moindre ménagement. Puisqu’ils ne l’ont pas fait, peut-être déjà au nom de la sacro-sainte tolérance, Jésus se présente à eux menaçant armé d’une épée à deux tranchants. Ces croyants vont maintenant devoir rendre des comptes à leur Maître pour leur attitude désinvolte et mondaine face au péché.

Tout au long de son histoire, le troupeau qui se réclame de Jésus-Christ a toujours compté dans ses rangs un grand nombre de moutons noirs, qui sont prêts à faire des compromis avec les valeurs tordues de leur société, même quand elles s’opposent à l’enseignement des Écritures.

Cet esprit de compromission a connu une poussée fulgurante en l’an 313 de notre ère, quand l’empereur Constantin a émis l’édit de Milan, par lequel il accordait totale liberté de culte aux chrétiens, mettant ainsi fin à deux siècles et demi de persécutions. Il a lui-même adopté le christianisme et en a fait la religion d’État. Ce fut une catastrophe.

Presque du jour au lendemain, les prêtres païens ont changé leur fusil d’épaule et ont pris le nom de chrétiens ; les temples sont devenus des Églises ; et les fêtes païennes, des festivals chrétiens. L’Église s’est unie au système politique et l’Empire romain s’est soudainement transformé en un empire chrétien. Suite à ce tour de force, Satan a souri de toutes ses dents parce qu’il avait réussi à entraver la marche conquérante de l’Église de Jésus-Christ.

Aujourd’hui dans les pays occidentaux et plus particulièrement en Amérique du Nord, l’Église suit le monde au pas de course. Elle obéit à la loi des marchés financiers et adopte les stratégies de marketing du moment. Bon nombre de croyants évangéliques ont épousé corps et âme, les valeurs de leur culture : l’argent, les divertissements à la mode, et la croyance qu’ils méritent une retraite dorée.

Mondains jusqu’au bout des ongles, ils sont incapables de discerner le vrai du faux ; jouets du diable, ils avalent tous les bobards que leur distillent les médias. Ils sont ligotés par un système de fausses valeurs mais ne le savent pas, et peu de pasteurs et responsables d’assemblée ont le courage ou la volonté de leur dire qu’ils ont besoin de se repentir, parce qu’ils sont eux-mêmes pris dans cet engrenage infernal.

Dans le livre de Jules Verne, Vingt mille lieues sous les mers, une pieuvre géante retient prisonnier le Nautilus dans ses tentacules. Pareillement, les puissances des ténèbres retiennent captifs beaucoup de croyants.

Les Écritures n’hésitent pas à condamner toute forme de mondanité, et tous ceux qui courent après les plaisirs terrestres et temporels au détriment des valeurs célestes éternelles. Pourtant, Jésus a bel et bien dit :

Faites […] du règne de Dieu et de ce qui est juste à ses yeux votre préoccupation première, et toutes ces choses (que vous désirez) vous seront données en plus (Matthieu 6.33).

Et les apôtres Jacques et Jean écrivent respectivement :

Peuple adultère que vous êtes ! Ne savez-vous pas qu’aimer le monde, c’est haïr Dieu ? Si donc quelqu’un veut être l’ami du monde, il se fait l’ennemi de Dieu (Jacques 4.4).

N’aimez pas le monde ni rien de ce qui fait partie de ce monde. Si quelqu’un aime le monde, l’amour pour le Père n’est pas en lui. En effet, tout ce qui fait partie du monde : les mauvais désirs qui animent l’homme livré à lui-même, la soif de posséder ce qui attire les regards, et l’orgueil qu’inspirent les biens matériels, tout cela ne vient pas du Père, mais du monde. Or le monde passe avec tous ses attraits, mais celui qui accomplit la volonté de Dieu demeure éternellement (1Jean 2.15-17 comparez Romains 12.2).

Voilà des paroles que vous et moi avons grand besoin de méditer.

L’Église de Pergame a d’abord perdu son premier amour pour le Seigneur, comme l’Église d’Éphèse. Seulement, elle va un pas plus loin, et fricote avec les valeurs de la société. Voulant accommoder la chèvre et le chou, les croyants de Pergame cherchent des compromis entre la foi et le monde, et d’ici peu, ils porteront le même dossard et les mêmes couleurs que les païens idolâtres de leur ville.

L’origine de l’Église de Pergame ne nous est pas donnée. Pendant son second voyage missionnaire, l’apôtre Paul est passé à côté de la Mysie, la région où se trouve Pergame (Actes 16.7-8) mais il ne s’y est pas arrêté. Comme pour l’Église de Smyrne, celle de Pergame est probablement le résultat d’un essaimage des croyants d’Éphèse (Actes 19.10).

Verset 13

Je continue à lire dans le second chapitre.

Je sais que là où tu habites, Satan a son trône. Mais tu me restes fermement attaché, tu n’as pas renié ta foi en moi, même aux jours où Antipas, mon témoin fidèle, a été mis à mort chez vous, là où habite Satan (Apocalypse 2.13).

Comme dans la lettre adressée à l’Église de Smyrne, Jésus commence par faire des éloges aux croyants de Pergame. Il leur rappelle qu’il sait que leurs circonstances sont difficiles à vivre. Pareillement, Dieu connaît aussi les nôtres et il en tient compte. C’est se comporter en pharisien que de condamner quelqu’un qui s’est rendu coupable d’un écart de conduite sans prendre en considération toutes les composantes de sa situation. Suis-je vraiment certain qu’à sa place je n’aurais pas commis la même faute ?

Comme Pergame était célèbre pour ses idoles et le culte de l’empereur, il était dangereux d’y étaler ses convictions de chrétien, ce que témoigne le sort que les païens ont fait subir au disciple Antipas, un nom qui signifie contre tous . Selon une tradition, cet homme, qui était l’un des responsables de l’Église de Pergame, a été martyrisé pendant la vague de persécutions sous le règne de Domitien. Ayant refusé d’offrir le sacrifice requis à l’empereur, on l’aurait brûlé à l’intérieur d’une idole de cuivre en forme de taureau, et chauffée à blanc. De toute évidence, Antipas était un dur et un pur qui a préféré mourir que de renier son Sauveur, ce qui lui vaut d’être appelé par Jésus « mon témoin fidèle », un titre que lui-même porte (Apocalypse 1.5 ; 3.14).

C’est la translittération du mot grec pour « fidèle » (martus) qui a donné « martyr » en français, parce qu’au travers des siècles, beaucoup de témoins du Christ ont payé leur fidélité de leur vie.

En dépit de leurs circonstances difficiles, les croyants de Pergame s’accrochent et n’ont pas l’intention d’abandonner la foi en Jésus-Christ. Le Seigneur les félicite donc pour cette preuve de fidélité.

Comme dans la lettre à l’Église d’Éphèse, Satan est désigné comme le vrai chef de la ville et le responsable des persécutions. Curieusement, il est mentionné deux fois de suite ; Jésus dit qu’il a son trône à Pergame et qu’il y habite, mais qu’est-ce que cela peut vouloir dire ?

Tout d’abord, Pergame est la ville où on se donne tout entier à l’adoration de l’empereur. Ensuite, on a le temple de Zeus qui est gigantesque et en forme de trône. Troisièmement, à Pergame se trouve le temple d’Asclépios, dieu de la médecine, et il est représenté sous l’aspect d’un serpent. Pour les chrétiens, un tel symbolisme ne manquerait pas de rappeler Satan. Sachez aussi que l’autocollant que les médecins placent sur le pare-brise de leur bagnole représente Asclépios.

Tout comme aujourd’hui, certains font un pèlerinage à Lourdes, à l’époque de Jean, des malades de tout le monde antique affluent dans le temple d’Asclépios espérant y trouver la guérison. Des serpents non venimeux y errent librement un peu partout. Les malades s’allongent par terre et attendent qu’un serpent les touche et les guérisse.

Comme le culte de l’empereur, celui du faux dieu Asclépios devient obligatoire. À la fin du second siècle (sous le règne de Dioclétien [284-305]), éclate une nouvelle persécution contre les chrétiens qui refusent d’offrir le sacrifice annuel à l’empereur. Mais cette fois-ci, les païens exécutent aussi les tailleurs de pierres qui refusent de sculpter une image de l’idole Asclépios.

Verset 14

Je continue la lettre à l’Église de Pergame.

J’ai pourtant quelques reproches à te faire : tu as chez toi des gens attachés à la doctrine de Balaam qui avait appris au roi Balaq à tendre un piège devant les Israélites. Il voulait qu’ils participent au culte des idoles en mangeant les viandes provenant de leurs sacrifices et en se livrant à la débauche (Apocalypse 2.14).

La première accusation de Jésus est très grave. Le Seigneur reproche aux croyants de Pergame de tolérer parmi eux des membres qui sont partisans de la doctrine de Balaam. Ce sinistre personnage est un devin, qui, après avoir commencé sa carrière comme prophète de l’Éternel, a mal tourné par amour de l’argent. Balaq, roi des Moabites, le fait venir et lui offre une fortune s’il arrive à maudire les Israélites qui menacent son royaume (Nombres 22–24).

N’ayant pas réussi, Balaam a recours à un autre stratagème : la débauche avec de belles femmes plantureuses, ainsi que l’adoration de leurs idoles (Nombres 25.1-2 ; 31.16). Le plan machiavélique de Balaam marche comme sur des roulettes et partout dans le camp ont lieu des partouzes mémorables. Mais l’Éternel se fâche et il dit à Moïse :

Prends avec toi tous les chefs du peuple et fais-les pendre (les coupables) en ma présence face au soleil, afin que l’ardeur de ma colère se détourne d’Israël. Moïse ordonna aux juges d’Israël : – Que chacun de vous exécute ceux de ses gens qui se sont adonnés au culte du Baal de Peor (Nombres 25.4-5).

C’est ainsi que 24 000 Israélites furent exécutés (Nombres 25.9). Les historiens juifs du premier siècle, Philon d’Alexandrie et Flavius Josèphe, traitent tous deux Balaam de séducteur du peuple. Et dans sa lettre, Jude met Balaam au même rang que Caïn et Koré, des rebelles notoires. Quant à l’apôtre Pierre, il parle de ceux qui ont abandonné le droit chemin et se sont égarés en marchant sur les traces de Balaam, fils de Béor, qui a aimé l’argent mal acquis (2Pierre 2.15) et il écrit que Dieu les punira tout particulièrement parce qu’ils s’abandonnent à leurs instincts corrompus et méprisent l’autorité du Seigneur. Imbus d’eux-mêmes et arrogants, ces enseignants de mensonge n’hésitent pas à insulter les êtres glorieux (2Pierre 2.10).

Tel est le sort réservé aux hérétiques attachés à la doctrine de Balaam . Ils se disent chrétiens mais se rendent grandement coupables aux yeux du Seigneur en choisissant d’ignorer la décision que les apôtres ont prise au concile de Jérusalem et qui est :

Ne consommez pas de viandes provenant des sacrifices aux idoles, du sang, des animaux étouffés, et gardez-vous de toute inconduite sexuelle (Actes 15.29).

En fait, les hérétiques font exactement l’inverse ; ils participent aux fêtes païennes et aux cultes des faux dieux qui sont toujours accompagnés de toutes sortes de débauches ainsi que de repas où on consomme de la viande sacrifiée aux idoles.