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Émission 1247 - Apocalypse 3.1-3.6

Diffusé le 5 octobre 2016 - ::

Chapitre 3

Introduction

On entend parfois les expressions : Il a trouvé un pactole ou il est riche comme Crésus . Un pactole est une source de richesses, ça on savait, mais d’où vient ce mot ? Et Crésus, d’où il sort celui-là ? Eh bien, pactole et Crésus sont associés à la Lydie, l’une des cinq régions qui formaient la province romaine d’Asie (les autres sont : la Carie, Mysie, Phrygie et Troade). La principale ville de la Lydie s’appelait Sardes et c’est aussi l’une des sept Églises auxquelles Jésus-Christ écrit une lettre et que nous rapporte l’apôtre Jean.

Sardes fut fondée vers 1200 av. J-C, et elle devint la capitale de la Lydie, un royaume fabuleusement riche, dont le roi n’est autre que Crésus. Cette ville qui est l’une des plus grandes de l’Antiquité, doit sa prospérité à sa situation géographique, et surtout à sa proximité de la rivière Pactole qui abonde en minerai d’or ; c’est de là que vient ce mot en français. Dans les ruines de Sardes, on a découvert des centaines de creusets qui servaient à raffiner l’or et c’est dans cette ville qu’on a commencé à frapper des pièces d’or. Ses industries sont le textile, la confection de vêtements de laine, la teinture et bien sûr l’orfèvrerie.

Sardes surplombe une vallée fertile (du fleuve Hermus) et elle est située à environ cinquante kilomètres au sud-est de Thyatire, et à l’extrémité ouest de la route royale, une grande voie de communication commerciale qui va jusqu’à Suze, la grande capitale perse.

Sardes est considérée imprenable parce que construite sur un piton rocheux dont trois faces sont lisses et à pic. On ne peut en effet approcher la ville que par le côté sud, et en empruntant un sentier accidenté, donc difficile à pratiquer. Comme Sardes ne peut pas s’étendre sur son piton, il se crée une ville basse au bas de la colline sur le flanc ouest, tandis que la ville haute sert de refuge en cas de danger.

Crésus, roi de Sardes, roule sur l’or mais il s’ennuie à mourir dans son palais et sa richesse le rend arrogant. L’oisiveté est mauvaise conseillère et la mère de tous les vices, c’est bien connu. Alors, pour tuer le temps, Crésus décide d’en découdre avec Cyrus, roi de Perse. Ce coup de folie est une catastrophe car il subit une défaite cuisante. Son armée est décimée et il revient au pas de course se réfugier sur son piton. Mais Cyrus n’ayant pas apprécié la plaisanterie le poursuit et l’assiège dans sa forteresse. Crésus est prisonnier mais toujours aussi arrogant.

Comme il se sent en parfaite sécurité, il ne fait surveiller que la seule voie d’accès à la ville, une très mauvaise idée car l’impossible se produit. Les Perses réussissent à escalader les parois lisses et se rendent maîtres de Sardes (en 549 av. J-C). Alors que même un enfant aurait pu défendre la ville contre une telle attaque, pas une seule sentinelle ne surveillait les parois du piton. Mais à quoi bon puisqu’ils sont inaccessibles !

La stupidité humaine ne s’arrête pas là. On dit que ceux qui ignorent l’histoire sont condamnés à la répéter. Eh bien, c’est exactement ce qui s’est passé un peu plus de trois siècles et demi plus tard, lorsqu’Antioche le Grand conquit Sardes en employant les services d’un alpiniste crétois (en 195 av. J-C). Comme les Perses, son armée entra dans la ville par l’une des parois abruptes, tandis que les défendeurs se contentaient de manière insouciante de garder le seul accès qu’ils croyaient possible.

Suite à cette nouvelle conquête, Sardes ne recouvra jamais plus son indépendance, et en 133 av. J-C elle tombe dans le giron de Rome. Un siècle et demi plus tard, un tremblement de terre détruit entièrement la ville (en l’an 17), mais elle est reconstruite grâce au soutien financier généreux de l’empereur Tibère. Alors, pour lui témoigner leur gratitude, les habitants de Sardes bâtissent un temple en son honneur.

Cependant, quand le Seigneur dicte cette lettre, le principal objet de culte de Sardes n’est pas l’empereur mais Cybèle, la même déesse qu’on adorait à Éphèse sous le nom d’Artémis ou Diane, et son temple en juxtaposait un autre, celui d’Apollon. Et puis des sources chaudes situées à proximité de Sardes étaient devenues célèbres du fait qu’on prétendait que parfois, les dieux s’y manifestaient en redonnant la vie aux morts. À la fin du premier siècle, Sardes est prospère mais décadente.

Comme pour les lettres précédentes adressées à Smyrne, Pergame, et Thyatire, nous ne possédons aucun détail concernant la fondation de l’assemblée chrétienne de Sardes. Cependant, et comme cela a déjà été dit pour les autres Églises, celle de Sardes doit probablement son existence à un essaimage des croyants d’Éphèse pendant les trois années que l’apôtre Paul y exerça un ministère (Actes 19.10).

L’Histoire nous rapporte que la personne la plus connue de l’Église de Sardes s’appelle Méliton. Il y occupe les fonctions d’évêque dans la deuxième moitié du second siècle. C’était un apologiste, un défenseur du christianisme contre les cultes des idoles, et on lui doit aussi la rédaction du commentaire le plus ancien portant sur plusieurs passages du livre de l’Apocalypse.

Verset 1 a

Je commence maintenant à lire la cinquième lettre dans le chapitre trois.

Au messager de l’Église de Sardes, écris : Voici ce que dit celui qui a les sept esprits de Dieu et les sept étoiles (Apocalypse 3.1 a ; auteur).

Comme précédemment, le Seigneur se présente à l’aide d’éléments tirés de la vision que Jean a reçue. La mention des sept esprits est une manière de parler de la plénitude de l’Esprit de Dieu (comparez Ésaïe 11.2). Quant aux sept étoiles, ce sont les sept messagers, un pour chaque Église. Ils reçoivent tous une copie du livre de l’Apocalypse avec charge de la lire aux membres de leur assemblée. Assez curieusement, ici, Jésus ne s’identifie pas en faisant allusion à la gravité de la situation, mais comme celui qui a pleine autorité sur son Église par l’intermédiaire du Saint-Esprit et de ses pasteurs.

Verset 1 b

Je continue le texte.

Je connais ta conduite, je sais que tu passes pour être vivant, mais tu es mort (Apocalypse 3.1 b ; auteur).

La seule parole d’approbation du Seigneur, si on peut l’appeler ainsi, est que l’Église a la réputation d’être pleine de vie, mais ce n’est qu’une apparence trompeuse. Pourtant, Jésus ne mentionne ni persécution, ni fausse doctrine, ni vie dissolue qui auraient pu entraver la bonne marche de ces chrétiens.

Jésus commence la lettre par un traitement de choc en disant le plus simplement du monde qu’en ce qui le concerne, l’Église est morte. Ça jette un froid. La façade est belle, mais derrière, tout est vermoulu. Cette évaluation glaciale de l’Église rappelle ce que Jésus a dit aux religieux de son temps. Je lis un passage :

Malheur à vous, spécialistes de la Loi et pharisiens hypocrites ! Vous êtes comme ces tombeaux crépis de blanc, qui sont beaux au-dehors. Mais à l’intérieur, il n’y a qu’ossements de cadavres et pourriture. Vous de même, à l’extérieur, vous avez l’air de justes aux yeux des hommes, mais, à l’intérieur, il n’y a qu’hypocrisie et désobéissance à Dieu (Matthieu 23.27-28).

L’Église de Sardes existe bien, mais vis-à-vis de Dieu, elle est morte. C’est tout aussi vrai pour la majorité des gens. L’apôtre Paul écrit aux Éphésiens :

Alors que nous étions spirituellement morts à cause de nos fautes, il (Dieu) nous a fait revivre les uns et les autres avec le Christ (Éphésiens 2.5).

Quand Jésus écrit à cette Église, elle est comme un musée plein d’animaux empaillés, placés dans un décor qui ressemble à leur habitat naturel. Au premier coup d’œil, ils semblent réels, mais ils n’ont pas la vie. Il semble donc que le péché s’est introduit dans cette Église et a fait d’elle un cadavre spirituel.

Verset 2

Je continue le texte.

Sois vigilant, et affermis le reste qui est près de mourir ; car je n’ai pas trouvé tes œuvres parfaites devant mon Dieu (Apocalypse 3.2 ; LSG).

On peut être sûr que l’Église de Sardes fonctionne ; elle possède un credo, une liturgie élaborée, des rites, une musique sacrée, des rideaux de couleurs vives et peut-être même des statues. Il se peut aussi que ces braves gens fassent une quête pour les pauvres de la ville, ceux qui n’ont pas accès à l’or de la rivière Pactole, ou qu’ils ramassent les nouveau-nés exposés aux bêtes sauvages, et ont créé un orphelinat.

Mais toutes ces bonnes actions, aussi louables soient-elles, ne redonneront pas vie à une Église où le péché s’est installé. La majorité des membres de cette assemblée sont des zombies spirituels, pour ainsi dire, qui vivent un mensonge sans en être conscients. Ne sachant pas que Dieu s’est détourné d’eux (comparez Juges 16.20), ils continuent leur bonhomme de chemin. Mais le Juge céleste les a pesés dans sa balance et les a trouvés légers (comparez Daniel 5.27).

La tragédie de l’homme séparé de son Créateur, qui qu’il soit et où qu’il se trouve, est qu’il construit sa vie sur des mensonges et il ne peut pas faire autrement. Qu’il soit religieux ou un gueux qui fasse la manche, qu’il travaille pour amasser, qu’il coure après les plaisirs mondains, le sport ou les loisirs, il vit un mirage. La parole de Jésus à l’Église de Sardes, sois vigilant, est très à propos puisque deux fois au cours de son histoire, la ville imprenable a été conquise, parce que ses dirigeants se croyaient à l’abri de toute surprise. Rendus arrogants, ils n’ont pas fait preuve de la vigilance la plus élémentaire.

L’exhortation, Sois vigilant, et affermis le reste qui est près de mourir , s’adresse à toute l’Église. Tout n’est pas complètement perdu puisqu’il existe encore un peu de vie, mais seuls les croyants authentiques peuvent réagir. Premièrement, ils doivent prendre garde à eux-mêmes. À l’Église de Corinthe qui ne manquait pas de problèmes, l’apôtre Paul déclare :

Si quelqu’un se croit debout, qu’il prenne garde de ne pas tomber (1Corinthiens 10.12).

Deuxièmement, il est impératif qu’ils sortent de leur torpeur car le temps n’est pas au laisser-aller ; il leur faut changer le cours des choses en identifiant le péché dans l’Église et en y remédiant.

Verset 3 a

Je continue la lettre.

Rappelle-toi donc comment tu as reçu et entendu la Parole : Obéis et change ! (Apocalypse 3.3 a).

Troisièmement, ce petit reste encore fidèle doit motiver le reste de l’assemblée à revenir aux vérités de la parole de Dieu et surtout à l’enseignement des apôtres. À cette époque, en effet, toutes les lettres de Paul circulent d’une Église à l’autre car l’apôtre Pierre a écrit :

Comprenez bien que la patience du Seigneur est le salut des hommes. Paul, notre frère bien-aimé, vous l’a aussi écrit avec la sagesse que Dieu lui a donnée. Il l’a fait comme dans toutes ses lettres (2Pierre 3.15-16).

Ceux qui à Sardes se disent chrétiens ont besoin de revenir aux premiers éléments de la foi qui concernent le Christ, le péché, le salut et la nécessité de manifester des fruits dignes de la repentance. Mais une doctrine correcte ne suffit pas, il faut aussi qu’elle soit confirmée par une vie d’obéissance à Dieu. Mais les croyants de Sardes encore fidèles ne peuvent pas à eux seuls ranimer le chandelier. Pour que l’Église redevienne un témoignage vibrant pour le Seigneur, l’ensemble de ses membres doit se repentir de ses fautes et se consacrer au Seigneur.

Verset 3 b

Je continue la lettre.

Car, si tu n’es pas vigilant, je viendrai comme un voleur et tu n’auras aucun moyen de savoir à quelle heure je viendrai te surprendre (Apocalypse 3.3 b).

Par définition, le voleur ne prévient pas de sa venue. Cette image exprime donc un événement imminent qu’on n’attend pas mais qui peut survenir à n’importe quel moment. Si l’Église de Sardes ne prend pas les mesures qui s’imposent pour sortir de son apathie spirituelle, si ceux qui ont quitté le droit chemin ne s’amendent pas, le Seigneur viendra soudainement, sans prévenir pour les juger.

Verset 4

Je continue la lettre.

Cependant, tu as à Sardes quelques personnes qui n’ont pas sali leurs vêtements ; elles marcheront avec moi en vêtements blancs, car elles en sont dignes (Apocalypse 3.4).

Les croyants authentiques ont toujours constitué une minorité que Jésus appelle le petit troupeau , mais ce sont eux qui hériteront du royaume (Luc 12.32). Même s’ils sont dispersés dans une masse de gens indifférents à Dieu, le Seigneur veille sur eux et est attentif à chacun de leurs pas. L’auteur de l’Épître aux Hébreux écrit :

Dieu n’est pas injuste au point d’oublier l’activité que vous avez déployée, par amour pour lui, dans les services que vous avez rendus – et que vous rendez encore – à ceux qui lui appartiennent (Hébreux 6.10).

Dans l’Église de Sardes, il y a quelques gerbes de blé parmi l’ivraie, des fidèles au milieu des mondains. Et parce qu’ils ne se sont pas laissés souiller par le péché, ils porteront des vêtements blancs. Dans l’Antiquité, de tels habits se portaient uniquement pour les grandes occasions, les jours de fête ou pour célébrer une victoire militaire.

Dans les Écritures, le blanc représente la pureté, la justice, et la sainteté. Tous les croyants porteront des vêtements blancs quand ils seront à table pour célébrer les Noces de l’Agneau (Apocalypse 19.7-9).

Verset 5

Je continue la lettre.

Le vainqueur portera ainsi des vêtements blancs, je n’effacerai jamais son nom du livre de vie, je le reconnaîtrai comme mien en présence de mon Père et de ses anges (Apocalypse 3.5).

C’est la première mention du livre de vie. Il sera cité encore cinq fois (Apocalypse 3.5 ; 13.8 ; 17.8 ; 20.12, 15 ; 21.27).

Ce passage est difficile à interpréter et apporte de l’eau au moulin de ceux qui pensent qu’il est possible à un vrai chrétien de perdre le salut. Mais ce point de vue contredit trop de passages bibliques qui enseignent que les croyants authentiques sont en sécurité car protégés par leur Sauveur (Jean 10.28-29). Il faut donc trouver une autre explication. Il est bien vrai, pourtant, que l’Éternel a dit à Moïse :

J’effacerai de mon livre celui qui a péché contre moi (Exode 32.33).

Cependant, dans le cas précis du livre de l’Exode, il ne s’agit pas du livre de vie mais du registre des vivants, et la menace de l’Éternel concerne la mort physique. En effet, dans l’Antiquité, les responsables de chaque ville et village gardaient une liste de tous les habitants, et quand quelqu’un mourrait, ou était banni, on rayait son nom de la liste.

Dans la lettre à l’Église de Sardes, Jésus ne dit pas qu’un croyant peut être gommé du livre de vie, mais exactement le contraire, qu’il n’effacera jamais ceux qui sont vainqueurs parce qu’ils figurent sur le rouleau de ceux dont le nom est écrit dans le livre de vie de l’Agneau qui a été immolé dès la fondation du monde (Apocalypse 13.8 ; LSG). Jésus donne donc aux croyants l’assurance qu’une foi authentique conduit obligatoirement au salut.

C’est une façon acceptable de comprendre les paroles de Jésus, mais elle n’est pas entièrement satisfaisante. En effet, si on veut être rigoureux avec ce passage, on est obligé d’y voir une menace ; Jésus sous-entend en effet qu’un nom écrit dans le livre de vie peut être effacé. Je préférerais que ce verset ne soit pas dans la Bible, mais il y est.

Que savons-nous du livre de vie ? Qu’il est écrit depuis l’éternité et qu’il contient les noms de ceux qui feront partie du royaume éternel de Dieu. Comme c’est tout ce que nous savons, il se peut que ce fameux livre répertorie les noms de tous les êtres humains qui sont nés. Ces personnes ont grandi et atteint le niveau de maturité qui les a rendus responsables de leurs actions devant Dieu. Au moment de leur mort, leur nom a été conservé ou effacé du livre de vie. Aujourd’hui, seuls ceux qui font confiance à Jésus et lui seul auront leur nom confirmé dans ce livre.

Au moment du jugement du grand trône blanc, quand ceux qui ont été gommés du livre de vie comparaîtront devant Dieu, leur châtiment éternel sera décidé en fonction de leurs actions, des œuvres bonnes et mauvaises qu’ils ont faites pendant leur vie. Quant au petit troupeau constitué par ceux dont les noms figurent toujours dans le livre de vie parce qu’ils n’ont pas été effacés, Jésus les reconnaîtra comme lui appartenant devant Dieu le Père et les anges.

Aux membres de l’Église de Sardes, Jésus réaffirme donc une promesse qu’il a faite durant son ministère terrestre et qui est :

Tous ceux qui se déclareront pour moi devant les hommes, je me déclarerai moi aussi pour eux devant mon Père céleste (Matthieu 10.32).

Verset 6

La lettre adressée à l’Église de Sardes se termine, comme c’est le cas pour les six autres, par la même exhortation :

Que celui qui a des oreilles écoute ce que l’Esprit dit aux Églises (Apocalypse 3.6).

Les zombies spirituels doivent prêter la plus grande attention aux avertissements de Jésus-Christ et les croyants léthargiques doivent se réveiller avant qu’il ne soit trop tard, sinon leur jugement ne tardera pas.

L’Église de Sardes a dû écouter les avertissements du Seigneur puisqu’elle a perduré encore un siècle après cette lettre. Ces chrétiens sont la démonstration d’une parole d’Ésaïe qui dit :

Il ne brisera pas le roseau qui se ploie et il n’éteindra pas la flamme qui faiblit, mais il établira le droit selon la vérité (Ésaïe 42.3).