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Émission 58 - Genèse 45.1-45.21

Diffusé le 15 mars 2012 - ::

Chapitre 45

Introduction

Quand j’étais à l’école primaire, j’étais assis au même banc qu’un copain avec qui nous faisions les pires âneries de notre âge. Seulement lui, il gardait toujours un visage de marbre, alors que moi je ne pouvais m’empêcher de pouffer de rire. Alors bien sûr, c’était toujours moi qui me retrouvais au piquet derrière le tableau. Il y a des gens qui ont des nerfs d’acier ; ils peuvent agir la tête froide dans n’importe quelle situation sans montrer la moindre émotion. Ce n’est pas mon cas, vous l’avez deviné.

Joseph, un des fils de Jacob était très capable de se contrôler, alors qu’il se trouvait engagé dans un échange très intense avec ses onze frères qui le croient disparu à tout jamais pour l’avoir vendu comme esclave à des caravaniers de passage 23 ans plus tôt. Comme Joseph est le grand vizir d’Égypte, il a voulu tester ses frères pour savoir s’ils avaient changé. Ce fut intense, c’est comme s’il les avait placés dans une cocotte minute et avait fait monter la pression, ce qui a provoqué un discours passionné de son frère Juda. C’en est trop pour Joseph, qui finit par révéler sa véritable identité.

Versets 1-2

Je commence à lire le chapitre 45 de la Genèse.

Alors Joseph, ne pouvant plus dominer son émotion devant tous ceux qui étaient présents, s’écria : Faites sortir tout le monde ! Ainsi personne de son entourage n’était en sa présence lorsqu’il fit connaître son identité à ses frères. Mais il sanglotait si fort en parlant que les Égyptiens l’entendirent, et la nouvelle parvint jusqu’au palais du pharaon (Genèse 45.1-2).

Le vase émotionnel de Joseph déborde ; il en a assez de jouer à ce jeu cruel et éprouvant pour tout le monde. De plus, il n’a plus aucune raison de cacher son identité à ses frères puisqu’il les a testés au maximum et ils ont passé avec succès cette épreuve particulièrement éprouvante. Suite à la très longue explication et confession de Juda, et face à ses onze frères terrifiés, Joseph ne pouvant plus se contenir a finalement craqué. Les gens de cette époque étaient très démonstratifs dans l’expression de leurs émotions.

Évidemment, tout le personnel que Joseph a éjecté s’est entassé derrière les portes et écoute. Et puis comme tout despote qui se respecte, pharaon a des oreilles qui traînent un peu partout, ce qui fait que telle une traînée de poudre, les nouvelles vont très vite et atteignent le palais royal. C’est ainsi que le pharaon a vent de ce qui se passe et il sait que quelque chose d’inhabituel se déroule dans la maison de son vizir.

Versets 3-4

Je continue.

Je suis Joseph ! Mon père est-il encore en vie ? Mais les frères étaient incapables de lui répondre tant ils avaient peur de lui. Alors Joseph leur dit : Venez près de moi ! Ils s’approchèrent. Je suis Joseph, leur dit-il, votre frère, que vous avez vendu pour être emmené en Égypte (Genèse 45.3-4).

Joseph tombe le masque. Ces derniers jours, les émotions étaient particulièrement fortes pour les onze frères terrifiés, mais là c’est le comble. Cette nouvelle totalement inattendue leur fait le même effet qu’un grand coup de massue. Ce n’est pas croyable, c’est impossible. Ils sont interloqués, bouche bée, en état de choc, figés comme des statues. Ils ont disjoncté, incapables de réagir ou d’assimiler ce qui est en train de se passer. Le vizir s’exprime maintenant en leur langue, donc il sait tout. Depuis le début, Joseph qui utilisait un interprète a suivi toutes les conversations que les fils de Jacob croyaient privées. Il vient de dire : je suis votre frère, que vous avez vendu !

Aïe, aïe, aïe ! Les frères commencent à prendre conscience de la gravité de la situation, car ils sont à la merci du grand vizir qui fait la pluie et le beau temps dans toute l’Égypte. Il y a de quoi avoir des sueurs froides. À ce moment-là, ils ne connaissent pas les véritables sentiments de Joseph à leur égard. Une fois l’émotion passée, va-t-il les faire rôtir à la broche pour se venger ?

Versets 5-8

Je continue le discours de Joseph.

Et maintenant, ne vous tourmentez pas et ne vous accablez pas de remords de m’avoir vendu comme esclave. C’est pour vous sauver la vie que Dieu m’a envoyé devant vous. Car voici deux ans que la famine sévit dans ce pays et pendant cinq ans encore, il n’y aura ni labour ni moisson. Dieu m’a envoyé devant vous pour vous faire subsister sur la terre et vous garder la vie, par une très grande délivrance. C’est pourquoi ce n’est pas vous qui m’avez envoyé ici, c’est Dieu. Et il m’a élevé au rang de père pour le pharaon, faisant de moi le maître de toute sa cour et le dirigeant de toute l’Égypte (Genèse 45.5-8).

Les paroles : C’est pour vous sauver la vie que Dieu m’a envoyé devant vous, donne la vision correcte de la vie et de Dieu. Les 10 frères ont vendu Joseph comme esclave parce que Dieu avait un plan pour le clan de Jacob et il voulait les préserver de la famine. Dans le Nouveau Testament on lit : Pour ceux qui aiment Dieu, et c’était incontestablement le cas de Joseph, tout ce qui leur arrive contribue et participe à leur bien (Romains 8.28). Alors que le mauvais sort semblait s’acharner sur lui, Joseph ne pouvait pas comprendre ce qui lui arrivait, mais rétrospectivement tout s’éclaire.

À ce point du récit, les frères doivent se demander s’ils rêvent ou s’ils sont éveillés. Joseph ne nie pas leur culpabilité, mais il reconnaît la main de Dieu qui a réalisé son projet par le moyen de leur acte criminel. Joseph va très loin dans ses propos lorsqu’il dit : ce n’est pas vous qui m’avez envoyé ici, c’est Dieu ! La responsabilité humaine et la souveraineté divine se sont croisées pour envoyer Joseph en Égypte. Dans le Nouveau Testament, l’apôtre Pierre exprime cette même vérité lorsque parlant aux Juifs il dit :

Jésus de Nazareth a été livré entre vos mains conformément à la décision que Dieu avait prise et au projet qu’il avait établi d’avance. Et vous l’avez tué en le faisant crucifier (Actes 2 22-23).

Pierre affirme que la responsabilité des hommes et la volonté de Dieu ont concouru pour accomplir son plan. Ces deux vérités apparemment contradictoires se situent à des niveaux de logique différents ; l’une est vraie dans le ciel et l’autre sur terre. On découvre une fois de plus que Joseph est un personnage fort sympathique qui au-delà de ses circonstances terribles a appris à faire confiance à l’Éternel. C’est ainsi qu’il a acquis la conviction que rien ne lui arrivait par hasard, mais que dans les coulisses c’était son Dieu, celui d’Abraham, d’Isaac et de son vieux père Jacob qui tirait les ficelles afin d’accomplir son plan.

Si pour Joseph c’est évident maintenant, c’était par contre impossible à voir et très difficile à vivre quand il fut d’abord vendu comme un morceau de viande, puis trahi et jeté en prison alors qu’il avait été un intendant modèle et fidèle à son Dieu dans toute sa conduite. Pourtant là encore, au fond du trou, Dieu était avec lui et l’avait promu chef de la prison en attendant son heure. Finalement quand l’horloge divine a retenti, l’Éternel a propulsé Joseph père de pharaon, patron de toute l’Égypte.

Versets 9-11

Je continue le texte.

Retournez donc au plus vite auprès de mon père et dites-lui : Ton fils Joseph te fait dire ceci : Dieu m’a établi maître de toute l’Égypte ; viens auprès de moi sans tarder. Tu habiteras dans la région de Gochên, pour être proche de moi, toi, tes enfants et tes petits-enfants, tes moutons, tes chèvres et tes bœufs et tout ce qui t’appartient. Et là, je pourvoirai à tes besoins pour que tu ne restes pas sans ressources, toi, ta famille et tout ce qui t’appartient. En effet, il y a encore cinq ans de famine (Genèse 45.9-11).

Le souci de Joseph est la survie de son père si cruellement abusé par ses frères : il veut le rassurer et le revoir au plus vite. Pendant ce temps au pays, la journée, le vieux Jacob s’écarquille les yeux en scrutant l’horizon et, la nuit, reste éveillé, en attendant le retour de ses fils. Il est inquiet. Il croit Joseph mort et se demande ce que les autres sont devenus. Gochên se trouve dans le delta du Nil proche de la frontière nord-est de l’Égypte avec Israël. C’est la région la plus fertile du pays, excellente aussi bien pour l’élevage que la polyculture. L’Éternel va implanter le clan de Jacob dans un endroit un peu retiré afin qu’il devienne une grande nation à l’abri de la corruption religieuse des Cananéens et des Égyptiens. C’est comme ça que Dieu va accomplir la promesse qu’il a faite à Abraham et poursuivre son plan pour le salut de l’humanité.

Versets 12-13

Je continue.

Et voici : vous voyez de vos yeux, et mon frère Benjamin également, que c’est bien moi qui vous parle. Informez mon père des honneurs dont je suis comblé en Égypte, racontez-lui tout ce que vous avez vu et dépêchez-vous de le faire venir ici (Genèse 45.12-13).

Joseph a devant lui 11 zombies, des statues pétrifiées. Ses frères sont encore en état de choc, parce que la réalité dépasse la fiction. Alors, Joseph les secoue en leur disant : Remuez-vous.

Versets 14-15

Je continue.

Puis il se jeta au cou de Benjamin, son frère, et tous deux pleurèrent de joie sur les épaules l’un de l’autre. Ensuite il embrassa tous ses frères en pleurant. Après quoi, ses frères s’entretinrent avec lui (Genèse 45.14-15).

Finalement, Joseph manifeste de façon concrète son affection pour ses frères dans un immense geste de pardon. Ils reprennent quand même leurs esprits, enfin convaincus qu’ils ont devant eux leur frère Joseph qui ne leur tient pas rigueur de ce qu’ils lui ont fait subir.

Versets 16-20

Je continue.

La nouvelle de l’arrivée des frères de Joseph se répandit aussitôt au palais du pharaon. Elle fit plaisir au pharaon et à ses hauts fonctionnaires. Le pharaon dit à Joseph : Tu diras à tes frères : Voilà ce que vous allez faire : Chargez vos bêtes et retournez au pays de Canaan, pour aller y chercher votre père ainsi que vos familles. Puis vous reviendrez chez moi et je vous donnerai les bonnes terres d’Égypte et vous mangerez les meilleurs produits du pays. Quant à toi, transmets-leur l’ordre suivant : Emmenez avec vous d’Égypte des chariots pour vos enfants et vos femmes, faites-y monter aussi votre père et revenez. N’ayez pas de regret pour ce que vous laisserez, car ce qu’il y a de meilleur dans toute l’Égypte sera à votre disposition (Genèse 45.16-20).

Les nouvelles vont vite et le pharaon veut savoir ce qui se passe chez son vizir. Tout ce qui concerne Joseph l’intéresse. Grâce à Dieu toute la cour est ravie d’apprendre que ces hommes sont les frères du grand vizir. Le plaisir du roi reflète à la fois son affection personnelle pour Joseph et le fait qu’il était lui-même d’une ethnie proche des Hébreux en qui il a pleine confiance. De plus, la fidélité et la capacité de Joseph à gouverner le pays étaient sans pareilles.

Alors, le pharaon à l’esprit très pratique se dit : Douze comme ça, je suis béni des dieux. Qu’ils viennent se mettre à mon service ! Ce regroupement familial bénéficie aussi à l’Égypte, puisque le clan de Jacob est très riche et c’est avec armes et bagages, serviteurs et troupeaux qu’ils sont conviés à venir s’installer à Gochên. La sincérité de Pharaon est évidente par la générosité dont il va faire preuve. D’emblée, il envoie des chariots pour ramener Jacob et les siens dans le plus grand confort de l’époque. Ces véhicules étaient les Rolls-Royce du Moyen-Orient grâce à l’invention récente de la roue. À deux reprises, le clan de Jacob se voit promis ce qu’il y a de meilleur en Égypte. Cette promesse fait écho à la bénédiction de Jacob par son père Isaac qui lui a dit :

Que Dieu t’accorde la rosée qui descend du ciel, qu’il rende tes terres fertiles, qu’il te donne avec abondance du froment et du vin (Genèse 27.28).

Cette prospérité déjà promise par l’Éternel à Abraham continue à se réaliser. À cause du célèbre film Les 10 commandements , on a coutume de penser à l’Égypte en termes d’oppresseur, un enfer pour les Hébreux. Mais il n’en a pas toujours été ainsi, car ce pays fut tout d’abord une planche de salut, une source d’abondance et de prospérité pour le clan de Jacob. C’est bien plus tard que l’Égypte deviendra un pénitencier pour les Israélites, ce qui est raconté dans le livre de l’Exode, qui fait suite à la Genèse.

Versets 21-24

Je continue le texte.

Les fils d’Israël firent ce qu’on leur avait dit. Joseph leur procura des chariots, selon ce qu’avait déclaré le pharaon, et il leur donna des provisions pour le voyage. Il offrit un habit de rechange à chacun de ses frères ; quant à Benjamin, il lui donna 300 pièces d’argent et cinq habits de rechange. Il envoya à son père dix ânes chargés des meilleurs produits de l’Égypte, et dix ânesses chargées de blé, de pain et de vivres pour son voyage. Il prit congé de ses frères en leur recommandant de ne pas s’agiter, se disputer ou se faire du souci en chemin. Et ils s’en allèrent (Genèse 45.21-24).

Tout est bien qui va bien finir. Mais comme Joseph craint qu’il y ait des disputes en cours de route, il veut les prévenir en leur donnant deux recommandations ; d’une part de ne pas traîner, mais de revenir le plus vite possible, et d’autre part de ne pas s’accuser mutuellement au sujet de leur acte passé. Joseph nous donne une véritable leçon de ce que veut dire pardonner. Cette capacité nous concerne tous, car qui n’a jamais été injustement traité ou eu le désir de se venger ?

En novembre 1985, le journal Le Monde rapportait une histoire incroyable et qui n’a pas vieilli, une illustration bouleversante de l’acte de pardonner. Je vais lire ce récit tragique et émouvant qui a pour titre : Un procès exceptionnel .

On pouvait croire que tout était dit, après la première journée du procès de Frédéric Marel. C’était imprudemment oublier que la famille de Chantal, la jeune morte, ne s’était pas constituée partie civile et que c’était là le comportement volontaire des parents pour qui cette foi chrétienne et catholique dans laquelle ils ont élevé leurs neuf enfants et qui domine leur vie, commande de secourir et non de condamner. Ils sont venus, lui d’abord, Paul Bérard, appuyé sur sa canne, elle ensuite, s’avançant à la barre les mains croisées comme on avance à l’autel. Simples témoins ? Témoins d’exception, dont la hauteur des propos devait en moins d’une heure changer le cours d’un débat : car si les mots qu’on allait entendre étaient tout simples, ce qu’ils exprimaient n’avait sans doute jamais été exprimé dans un prétoire par des victimes.

La mort, l’assassinat de leur fille, c’est pour eux : « un départ ». « Je peux vous dire que je suis sûr qu’elle est dans la joie, dans la vie », dira d’emblée Mme Bérard. Celui qui leur fait peine et souci, c’est Frédéric qui « a besoin d’aide, car il a été terriblement meurtri. Et je ne serais pas plus ému si c’était un de mes fils qui se trouvait à sa place. J’ai beaucoup prié pour lui, pour que sa vie ne soit pas gâchée. » Mme Bérard ajoutera : « Notre premier cri, quand on nous a appris le 9 novembre 1982 la fin de Chantal a été en pensant à Frédéric : le malheureux ! Car, pour elle, nous avons su tout de suite qu’elle était dans la paix, alors que lui se trouve dans une situation terrible. C’est lui maintenant qui a besoin d’aide. Nous avons mesuré que pour lui, ce serait suffisamment éprouvant, sans avoir à y ajouter, car, si nous sommes chrétiens, nous n’avons pas le droit de juger. »

Ils ont aussi parlé de Chantal, de ce qu’ils avaient pu savoir par elle de l’évolution de ses sentiments envers Frédéric. Chantal qui souhaitait de ne pas faire de peine à ce garçon qu’elle aimait bien et qu’elle voulait surtout aider dans ses difficultés. Ils diront encore qu’elle ne voulait pas coucher avec lui « pensant, comme nous, que seul le mariage permet le don total. » Ils ont bien vu, la mère surtout, que Frédéric, quand il venait chez eux, ne voyait qu’elle. Ils se sont rendu compte que leur fille, elle-même, généreuse et imprudente, toujours en quête d’altruisme, ne leur exprima pas tous les soucis qu’elle éprouvait. Lorsqu’elle partit le soir au dernier rendez-vous dont elle ne devait pas revenir, elle quitta la maison en disant seulement qu’elle allait promener le chien. Si elle avait dit où elle allait... mais peut-on contrarier le destin ou la Providence ?

Deux sourires — Le plus extraordinaire, c’est que ce drame a uni la famille de la morte à celle de son meurtrier. Mme Bérard a voulu voir Mme Marel « parce que c’est ensemble qu’on aiderait maintenant Frédéric ». Un Frédéric qui, huit mois après son crime, dans une lettre à Mme Bérard, a sollicité son pardon et pour qui il n’est pas exclu, le jour où la justice des hommes le rendra libre, qu’il soit reçu de nouveau en cette maison, qui pour lui fut celle des enchantements. Alors, comme tout le monde, Frédéric, éperdu, a cédé à l’émotion et aux larmes. Entre la mère de celle qu’il tua et lui, en même temps que ce murmure de Mme Bérard : « Vous savez bien que vous n’êtes pas seul », il y eut l’échange de deux sourires. Jamais, à notre banc de presse, nous n’eûmes autant le sentiment d’être des voyeurs malsains en même temps que les témoins de l’indicible.

(article écrit par Jean-Marc Theolleyre)