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Émission 363 - 1 Samuel 1.1-1.19

Diffusé le 20 mai 2008 - ::

Introduction

Introduction

Chaque pays a son histoire qui lui est propre. Celle du peuple d'Israël comporte une période de plusieurs siècles durant laquelle une partie de la nation était dirigée par des chefs militaires ayant aussi la fonction de juge, c'est-à-dire, ayant à charge de régler les différends entre les personnes. Il y en a eu une douzaine, dont une femme. Le dernier et le plus influent de tous ces chefs fut Samuel.

Il existe deux livres de l'Ancien Testament qui portent son nom, mais à l'origine, dans les manuscrits hébreux, ils constituaient un seul ouvrage. C'est dans l'ancienne version grecque qu'il se trouve scindé en deux, portant le nom de 1er et 2e livres des règnes. Ce découpage a été suivi dans la traduction latine puis par nos versions françaises. Une tradition des Rabbins fait de Samuel le principal auteur du premier livre, des 24 premiers chapitres en tout cas. Deux prophètes, Nathan et Gad, auraient écrit le reste.

Avec le livre des Juges qui le précède et les livres des Rois qui les suivent, les livres de Samuel font partie de cet ensemble de textes qui relate la longue histoire des défaillances du peuple d'Israël qui vont les conduire à l'exil. Le thème central de ces deux livres est la monarchie israélite, et Samuel est celui qui l'a instituée en désignant et oignant Saül et David, les deux premiers rois, et en définissant leurs responsabilités.

À cet égard, il peut être comparé à Moïse, qui a donné à Israël ses institutions fondamentales : les tables de la Loi. Saül est le roi qui satisfait les désirs des Israélites. Il laissera un mauvais exemple de ce que l'exercice du pouvoir royal peut donner. David, par contre, est le souverain qui correspond aux désirs de l'Éternel. C'est lui qui a posé les fondements d'une monarchie solide et même d'une dynastie à laquelle est promis par l'Éternel un avenir brillant et durable, puisqu’éternel. Cela est particulièrement important, car le premier message de Jean-Baptiste, le précurseur de Jésus-Christ, était :

Repentez-vous, car le royaume des cieux est proche. (Matthieu 3.2)

Ce royaume dont il parlait correspondait à cette dynastie que l'Éternel avait promise à David. Il s'agit d'un vrai règne ayant commencé à un moment défini de l'histoire des hommes, en un lieu précis de la terre, et avec le roi David régnant sur des sujets israélites. À cause des défaillances humaines, ce royaume est tombé dans les oubliettes de l'histoire comme tous les autres.

Mais à la différence des règnes des hommes qui surgissent et disparaissent à tout jamais, le royaume de David sera réintroduit par Jésus-Christ lorsqu'il viendra lui-même pour établir le millénium sur toute la terre et y régner en tant que seul souverain, le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs. Même si le futur est glorieux, il n'en fut pas ainsi de l'établissement de la première monarchie israélite, celle-ci ayant eu lieu dans un contexte particulièrement sombre.

Le temps des chefs juges qui s'achève avait été caractérisé par l'infidélité persistante d'Israël envers son Dieu. De plus, l'époque de Samuel est marquée par les guerres incessantes contre les Philistins, un peuple qui vivait dans le sud-ouest de la Palestine, en bordure de la Méditerranée. C'est la pression exercée par ses ennemis qui fait qu'Israël désire un roi qui conduise ses armées au combat. Mais il ne s'agit là que d'une solution boiteuse, car la victoire sur l'ennemi dépend avant tout de la fidélité du peuple à l'Éternel. Il en est ainsi depuis que Dieu a libéré Israël de l'esclavage égyptien par l'intermédiaire de son serviteur Moïse. Cette vérité fondamentale est démontrée à nouveau durant tout le temps où Israël est dirigé par le chef juge Samuel. Mais malgré tout, la demande d'Israël est insistante. Je la cite :

Nous voulons un roi. Nous voulons, nous aussi être dirigés comme tous les autres peuples. Notre roi rendra la justice parmi nous et prendra notre commandement pour nous mener au combat (1Samuel 8.20).

Cette détermination du peuple est un manque de foi en l'Éternel pour assurer sa sécurité. Pourtant, l'institution de la royauté ne constitue pas une mauvaise chose en soi, puisqu'elle avait déjà été prévue par Moïse dans le Deutéronome, son 5e livre. En effet, c'est la forme de gouvernement préférée de Dieu. Ainsi, c'est l'Éternel qui choisit David, qui lui donne de son Esprit, et le conduit à la victoire sur les ennemis d'Israël. De plus, un jour il placera son Roi sur le trône du monde ; ce sera Jésus-Christ, le Prince de la Paix. Quand il régnera, les affaires des hommes changeront vraiment : la justice et la paix couvriront la surface du globe comme les eaux remplissent les mers.

Même si Dieu approuve la royauté en soi, celle de Saül a été instaurée pour de mauvaises raisons qui constituent un rejet de l'Éternel et conduisent Samuel à avertir le peuple contre les dérives probables du pouvoir royal. Celui-ci n'est pas la solution à tous les maux qui affligent Israël. En fait, tout dépend de l'attitude du roi vis-à-vis de l'Éternel. Car la monarchie ne doit pas remettre en cause l'alliance qui lie Israël à son Suzerain, à l'Éternel, son souverain véritable. Le pouvoir royal ne fonctionne bien que si le souverain en place se considère comme un instrument de Dieu pour assumer son règne sur son peuple. C'est pourquoi, dès son origine, la royauté israélite est placée dans le cadre de l'alliance, pour qu'elle ne soit pas exercée comme chez les autres peuples.

Chez les Israélites, c'est la Parole de Dieu qui définit la ligne d'action du pouvoir royal, d'abord par l'intermédiaire du chef-juge Samuel, ensuite par les grands-prêtres qui interrogent l'Éternel au moyen de l'ourim et du toummim afin d'obtenir un oui ou un non de sa part. Puis, on voit apparaître les premiers prophètes de cour, Nathan et Gad. C'est ainsi qu'un document légal définissant le droit régissant l'exercice du pouvoir royal est déposé dans le sanctuaire de l'Éternel. Le roi n'aura donc pas tous les droits. Il devra gouverner dans l'obéissance à la volonté divine et dans le respect des lois de l'alliance que Moïse a établie sur le mont Sinaï.

La volonté et l'action du roi sont de cette façon subordonnées à la Parole de Dieu. Sa dépendance à l'égard de l'Éternel se signale aussi par l'octroi du don de l'Esprit qui lui permet d'accomplir des exploits militaires. Mais cela dit, les institutions humaines ont des limites que souligne bien l'auteur.

En effet, le livre de Samuel s'ouvre sur deux fiascos que l'auteur met intentionnellement en parallèle : d'une part, la déchéance du sacerdoce dévoyé par les fils du prêtre Éli, et d'autre part, la faillite de la royauté de Saül. Cependant, Dieu dans sa souveraineté remplace Éli par Samuel, et Saül par David. Une fois roi, celui-ci va d'abord unifier les 12 tribus, et ensuite achever la conquête qui traîne depuis des siècles, depuis l'époque de Josué. Il va assujettir l'ensemble des territoires que l'Éternel avait promis à Abraham et pacifier son royaume en mettant ses ennemis hors d'état de nuire. Par exemple, les conflits avec les Philistins duraient depuis toujours, et avaient engendré des guerres meurtrières sous le règne du premier roi Saül.

C'est David qui les écrasera au point où ils ne constitueront plus une menace pour Israël. Ce grand roi va ainsi donner à son peuple cette existence paisible promise par Moïse dans son livre du Deutéronome et qui était nécessaire à l'établissement d'un lieu de culte unique et définitif. David conquiert aussi Jérusalem qu'il choisit comme sa capitale, et où il fait venir le coffre sacré de l'alliance, symbole de la présence divine. Il exprime le désir de construire un Temple à l'Éternel, mais c'est son fils Salomon qui l'érigera. En fin de compte, et malgré les circonstances déplorables dans lesquelles elle a été instituée, la royauté a été voulue par Dieu pour réaliser ses projets pour Israël d'abord, et ensuite pour le monde entier.

Cependant, David a failli misérablement. Il avait à grand-peine réussi à rallier les 12 tribus derrière sa bannière et à unifier son royaume autour de Jérusalem. Mais en se rendant coupable d'un adultère et d'un meurtre par personne interposée, il va provoquer la zizanie au sein de la famille royale : un inceste et un meurtre, contre lesquels il ne pourra moralement pas réagir comme il aurait normalement dû, parce qu'il s'était lui-même rendu coupable de crimes semblables. Ce laisser-aller va avoir des répercussions politiques désastreuses. Son fils Absalom va se dresser contre son père et gagner à sa cause la majorité des Israélites. Cet incident très douloureux sera suivi par une autre révolte des tribus du Nord. C'est ainsi que la royauté de David a déjà commencé à se lézarder de son vivant.

Le schisme de la nation d'Israël, qui surviendra après la mort de son fils Salomon, et la catastrophe de l'exil trouvent déjà leurs racines dans les gros écarts commis par David. Malgré cela, la promesse d'une royauté éternelle faite par l'Éternel n'est pas remise en question. Elle s'accomplira en la personne d'un roi issu de la dynastie davidique. Le Nouveau Testament déclare que ce Fils de David par excellence, c'est Jésus-Christ.

Chapitre 1

Versets 1-2

Je commence à lire le premier chapitre.

Un homme nommé Elqana vivait à Rama dans la région montagneuse d'Éphraïm ; il était fils de Yeroham et petit-fils d'Élihou, de la famille de Tohou, descendant de Tsouph, un Éphraïmite. Il avait épousé deux femmes : l'une s'appelait Anne et l'autre Peninna. Peninna avait des enfants, mais Anne n'en avait pas (1Samuel 1.1-2).

Ce livre s'ouvre sur l'arrière-plan de la naissance du futur juge-chef Samuel. D'après un autre texte, cet homme, Elqana est un lévite issu d'une lignée dont les descendants officiaient comme chanteurs lors des cultes rendus à l'Éternel. Il habitait sur le territoire de la tribu d'Éphraïm à environ 25 km au nord de Jérusalem. Sa première femme Anne étant stérile, il en a pris une autre, parce qu'à cette époque, ne pas avoir d'enfants était la plus grande des calamités, bien pire que la mort.

D'après d'autres textes, nous savons que la polygamie était tolérée, mais non sanctionnée par Dieu. Les Écritures rapportent souvent des faits ou des histoires sans faire aucun commentaire. Ainsi, quand Abraham s'est servi de la servante de Sarah pour avoir une descendance, l'Éternel n'a rien dit. Mais le fils Ismaël qui est né de cette union est devenu l'ancêtre de tous les Arabes, qui depuis toujours sont en conflit avec les Israélites.

Verset 3

Je continue le texte.

Chaque année, Elqana se rendait de sa ville à Silo pour y adorer l'Éternel, le Seigneur des armées célestes, et pour lui offrir des sacrifices. Les deux fils d'Éli, Hophni et Phinéas, y officiaient comme prêtres de l'Éternel (1Samuel 1.3).

La ville de Silo était située à une quarantaine de kilomètres au nord de Jérusalem. C'est là que se trouvaient alors le coffre de l'alliance, symbole de la présence de Dieu, et la tente de la rencontre, précurseur du futur Temple de Salomon. Chaque année, tous les Israélites hommes étaient tenus de se rendre au sanctuaire central lors des trois grandes fêtes de pèlerinage. Le texte précise que les deux fils d'Éli étaient les prêtres de service. Cependant plus loin, on apprend qu'ils étaient en réalité des fils du diable. La décadence spirituelle, morale et politique était particulièrement avancée à cette époque.

Mais malgré tout, l'Éternel est appelé ici et pour la première fois dans les Écritures le Seigneur des armées célestes. Cette expression sera souvent utilisée par les psalmistes et par les grands prophètes Ésaïe et Jérémie. C'est une façon de présenter Dieu comme le chef des armées angéliques et qui met en avant sa souveraineté sur l'univers et sur les affaires des hommes.

Versets 4-8

Je continue.

Le jour où Elqana offrait son sacrifice, il attribuait des parts de viande à sa femme Peninna et à tous ses enfants, et il donnait une double part à Anne parce qu'il l'aimait, bien que le Seigneur l'ait empêchée d'avoir des enfants. Sa rivale ne cessait de la vexer pour l'irriter contre Dieu de ce qu'il l'ait rendue stérile. Cela se reproduisait chaque année : toutes les fois qu'Anne se rendait au sanctuaire de l'Éternel, Peninna l'exaspérait. Alors Anne pleurait et restait sans manger. Elqana lui demandait : — Anne, pourquoi pleures-tu ? Pourquoi restes-tu sans manger ? Pourquoi es-tu si malheureuse ? Est-ce que je ne vaux pas mieux pour toi que dix fils ? (1Samuel 1.4-8).

Cette bigamie d'Elqana lui engendrait bien des difficultés et l'atmosphère à la maison était plutôt tendue. Ces deux femmes étaient à couteaux tirés. Peninna en voulait à sa rivale parce qu'elle était la préférée de leur mari, alors elle la tourmentait parce qu'elle était stérile, une condition que les Israélites attribuaient à une malédiction divine. En conséquence, Anne était inconsolable, elle voulait par-dessus tout avoir un enfant afin d'ôter cette tache qui pesait sur elle et qui lui valait toutes les misères de sa rivale.

Versets 9-11

Je continue.

Cette fois-ci, après qu'on eut mangé et bu à Silo, Anne se leva et se rendit au sanctuaire de l'Éternel. Le prêtre Éli y était assis sur son siège près de la porte. Très affligée, Anne pria l'Éternel en pleurant à chaudes larmes. Alors elle fit le vœu suivant : — Éternel, Seigneur des armées célestes, si tu veux bien considérer la misère de ta servante et si tu interviens en ma faveur, si tu ne délaisses pas ta servante et si tu me donnes un fils, alors je te le consacrerai pour toute sa vie ; ses cheveux et sa barbe ne seront jamais coupés (1Samuel 1.9-11).

L'affliction d'Anne était profonde. Alors, elle fait un vœu de consécration exclusive et à vie de l'enfant que l'Éternel voudra bien lui donner. Ne pas se couper les cheveux ou la barbe faisait partie des pratiques de ceux ayant fait vœu de Nazaréat. Selon la Loi, ils devaient également s'abstenir d'alcool, de raisins et de toucher un corps mort. Anne supplie donc l'Éternel afin qu'il lui accorde de devenir maman.

Versets 12-18

Je continue.

Comme elle priait longuement devant l'Éternel, Éli observait le mouvement de ses lèvres. Anne priait intérieurement : ses lèvres bougeaient, mais on n'entendait pas sa voix. Éli pensa qu'elle était ivre et il l'interpella : — Combien de temps encore veux-tu étaler ton ivresse ? Va cuver ton vin ailleurs ! Anne lui répondit : — Non, Monseigneur, je ne suis pas ivre, je n'ai bu ni vin ni boisson alcoolisée, mais je suis très malheureuse et j'épanchais mon cœur devant l'Éternel. Ne me juge pas mal et ne me considère pas comme une femme perverse. Si j'ai prié aussi longtemps, c'est parce que mon cœur débordait de chagrin et de douleur. — Dans ce cas, lui dit Éli, va en paix, et que le Dieu d'Israël exauce la requête que tu lui as adressée. Anne répondit : — Je me recommande à ta bienveillance. Puis elle s'en alla, se restaura et son visage fut différent (1Samuel 1.12-18).

Éli était alors le grand-prêtre en exercice. C'était un brave homme, mais faible, désengagé de l'éducation de ses fils qu'il était incapable de contrôler et qui avaient mal tournés. L'Éternel le lui reprochera plus tard. La réaction d'Éli vis-à-vis d'Anne nous renseigne sur les mœurs de cette époque. Certains faisaient une grosse bamboula lors de la célébration des fêtes de l'Éternel et venaient cuver leur vin jusque dans le parvis même du sanctuaire, ce qui était une offense grave envers Dieu. Alors, Éli pense tout naturellement que c'est le cas d'Anne, car son comportement ressemblait à celui de quelqu'un qui est ivre. Alors, il l'accuse un peu trop vite.

Mais cette pauvre femme affligée déversait son cœur devant l'Éternel avec beaucoup de ferveur, ce qui se traduisait par des mouvements bizarres. Elle l'explique à Éli, qui après avoir compris la situation la bénit au nom de l'Éternel. Suite à son entretien avec le grand-prêtre et peut-être à cause de ce qu'il lui a dit, Anne a la conviction que Dieu a entendu sa supplication et maintenant c'est en paix qu'elle attend qu'il agisse. Cela me fait penser à un petit passage du Nouveau Testament qui dit :

Ne vous mettez en souci pour rien, mais, en toute chose, exposez vos besoins à Dieu. Adressez-lui vos prières et vos supplications tout en lui disant aussi votre reconnaissance (Philippiens 4.6).

Versets 19-20

Je continue le texte.

Le lendemain, de bon matin, Elqana et sa famille se prosternèrent devant l'Éternel, puis ils rentrèrent chez eux à Rama. Elqana s'unit à Anne, sa femme, et l'Éternel intervint en sa faveur. Elle fut enceinte et, au terme de sa grossesse, elle mit au monde un garçon auquel elle donna le nom de Samuel (ce qui veut dire : Dieu a entendu) car, dit-elle, « je l'ai demandé à l'Éternel » (1Samuel 1.19-20).

Elqana était non seulement au courant du vœu que sa femme avait fait, mais l'avait approuvé, autrement il n'aurait pas été valable selon la Loi. Comme Dieu avait répondu à la supplication d'Anne, cette année-là, Elqana immole deux animaux en offrande à l'Éternel : d'abord, celui de communion comme il le faisait chaque année, et ensuite, un sacrifice d'actions de grâce en remerciement pour l'exaucement de la prière de sa femme. De cette manière, Elqana assume la pleine responsabilité du vœu de son épouse.

C'est sûr qu'en ce début du 21e siècle cette structure sociale laisse songeur. Cependant, dans une perspective pragmatique, on peut dire qu'elle fonctionnait plutôt bien, nettement mieux en tout cas que ce qui se passe de nos jours.